ACTE PREMIER
LE COMTE
Qu'appelles- tu me ranger?
ANDRÉ
Faire des économies, par exemple.
LE COMTE
Des économies... je le veux bien; mais je ne vois pas sur quoi nous pourrions en luire; nous vivons aussi modestement que possible. 11 me semble qu'avec notre fortune...
ANDRÉ
Notre fortune? Sais-tu dans quel état elle est, notre fortune?
Tu dois le savoir mieux que moi, puisque c'est toi qui tiens la maison depuis ta majorité. D'ailleurs, nous allons passer l'automne à Yilsac. La campagne... c'est l'économie. Ah! si j'avais été riche, j'aurais fait de belles choses... Mais qu'estce qu'on peut faire avec deux cent mille livres de rente.
•ANDRÉ
On peut faire ce que tu as fait, on peut se ruiner.
LE COMTE
Comment! se ruiner?
ANDRÉ
A la mort de ma mère, ta fortune personnelle était, en effet, de deux cent mille livres de rente, et celle que me laissait ma mère, et dont tu avais l'usufruit jusqu'à ma majorité, de cent vingt mille.
LE COMTE
Je t'ai rendu tes comptes.
ANDRÉ
Parfaitement exacts... Seulement...
Il hésite.
LE COMTE
Seulement?
ANDRÉ
Seulement, tu avais fort entamé ton capital.
Pourquoi ne me l'as-tu pas dit à cette époque-là?
ANDRÉ
Parce que, moi aussi, je ne demandais qu'à dépenser de l'argent.
LE COMTE
Tu aurais dû me prévenir.
ANDRÉ
Mais je faisais naturellement ce que je te voyais faire : je vivais comme tu m'avais appris à vivre.
LE COMTE
Ce n'est pas un reproche?...
«**- ANDRÉ
Dieu m'en garde ^ Je t'explique seulement pourquoi je n'ai pas mieux mené ta maison que tu ne l'as menée toi-même.
LE COMTE
Alors, moi, je vais l'expliquer pourquoi je t'ai élevé comme je l'ai fait.
ANDRÉ
Inutile, mon cher père. Il n'y a plus à revenir là-dessus, et je sais...