ACTE DEUXIÈME
leltre de madame de Grige pour la marquise. Il repart pour Paris.
DE NATON.
Ah! c'est ça M. de Prailles?
Vous le connaissez?
DE NATON.
Non, mais j'ai entendu parler de lui. Il est marié?
DE LIGNERAYE.
Oui.
DE NATON.
Ça ne lui réussit pas.
DE LIGNERAYE.
Vraiment ?
DE NATON.
Sa femme est très jolie, et il paraît...
DE LIGNERAYE.
Qui est-ce qui vous a dit cela?
DE NATON.
Je l'ai entendu dire.
DE DIGNERAYE.
Soit ; mais ne le répétez pas trop, d'abord parce que ce n'est peut-être pas vrai, puis parce que le mari ne plaisante pas à l'endroit de la jalousie. C'est le plus galant homme du monde, mais il vous tue un monsieur sans sourciller. Cela lui est déjà arrivé une fois et pour une femme qui n'était pas la sienne... ainsi...
Eh bien, il peut être tranquille, ce n'est pas moi qui ferai la cour à madame de Prailles. Et le père La Rivonnière, est-il revenu ?
DE LIGNERAYE.
Pas encore ; mais on l'attend.
DE NATON.
Tant mieux ! Il me manque. Je voudrais revoir ses belles cravates bleues et ses petites guêtres blanches. Et à quand son mariage?
DE LIGNERAYE.
Est-ce qu'il se marie ?
DE NATON.
Faites donc celui qui ne se doute de rien ! Il est allé à Paris chercher son vieil extrait de naissance et tous ses pantalons gris.
DE LIGNERAYE.
Et il épouse?
DE NATON.
Vous le savez mieux que moi : la nièce de la maîtresse de céans. Du reste, c'est la mode aujourd'hui : tous les vieux se marient avec des jeunes femmes.
' DE LIGNERAYE.
Il faut bien que les vieux se marient, puisque les jeunes gens ne veulent pas se marier. C'est vous qui auriez dû épouser mademoiselle de Brignac.
Vous voilà comme mon père, qui veut absolument que je me marie.