‹ Un Peu de toutChapitre 13 sur 22 · D SI D · texte numérisé non relu

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,,,-iv mort, il avait déserté la maison. Il essaya de t,.us les métiers; tenir à tour militaire, peintre, sculpteur, marin, employé dans une fabrique, que sais-je? roui cela lut de courte durée; la Qànerie, le jeu, la boisson, les femmes l'emportaient.

\ travers une mauvaise vie de désordres et de mensonges, quelquefois s;( conscience se réveillait, et alors comme un souffle, passait sur ses lèvres : «Sainte Madone, pardonnemoi!» puis il recommençait de plus belle.

Marié à une belle fille qui l'excusait et l'adorait, un enfant lui était venu, il voulail travailler, serment solennel :

Sainte Madone, aide-moi ! » mais il ne le tint pas.

Il était le boute-en-train «le toutes les têtes; sa femme veillait en l'attendant; à l'aube, il rentrait, puis commençaient

les reproches; les disputes, les larmes, les réconciliations se suivaient, une misère! "Sainte Madone, pardonne-moi ! » Il les ruina. L'enfant grandit, Dieu sait comment: la mère, malade, finit dans un asile de pauvres.

Dans li' monde chic, le monde de la noce, on recueille toujours avec joie une pareille épave. François trouva des amis. Mien que le souvenir de ses succès les éblouissait; il leur conta plu- d'une » histoire». Ali! si seulement il axait eu un peu de chance, gloire et fortune seraient peul-'lre

venus, prétendait-il. Saisis d'admiration, les autres écoutaient. De temps en temps, il se rappelait «Sainte Madone. aide-moi, pardonne ! n

Les années passent: les cheveux tombent, h' peu qui reste est blanc, h- beau François n'est plus qu'une ruine; seul. abandonné, ses amis disparus, chacun selon sa destinée, un jour de détresse il vendil sa montre, quelques vêtements; il hésita devant une médaille;! l'effigie sublime de la Madone. rrès Sainte des Saintes, pardonne-moi!»

Kt sans souci de bagages, car il n'en avait pas, François s'en alla au couvent, chez les frères Trappistes. D'abord on n'en voulut pas: sa réputation l'avait précédé de longtemps, même en ce saint lieu de silence et de paix. Comment un mauvais sujet paresseux, menteur, vicieux, sans religion, osait-il frapper à cette porte? Non, elle ne s'ouvrirait pas.

Pendant deux jours, il grelotta. Dehors, le vent <le décembre soufflait glacial. Il secouait sa veste légère: l'aumône vint à peine: le froid, la faim, la honte tirent glisser de grosses larmes sur ses joues ridées, ses mains tremblaient : q Grande sainte Madone, accueille-moi. Pardon!»

Les portes du couvent s'ouvrirent. Qu'en fera-t-on, grand Dieu! Un moine, un frère, de cet homme-là ! Le soir, un conseil réunit les pères supérieurs. On décidaque, pendant trois ans. François ferait son noviciat: il serait simplement « frère lai» Après on verrait. Gomme il était sain de corps, les travaux les plus durs, selon la règle, lui lurent infligés : levé à deux heures du matin, onze heures de travail, nourri de légumes, de fruits, buvant seulement île l'eau, il creusa sa tombe, coucha sur la paille dans son cercueil. Le silence devint son compagnon.

Parfois, le démon le hantait. L'obsédait; tout le passé se dressait devant lui. à genoux «Sainte Madone, pardonne-moi ! » et sans perdre courage, il continuait.

Cela dura peu: un soir, pris d'un tremblement subit, grelottant, il tomba malade.

Les lètes de Noël étant proches: ou avait tout nettoyé, épousseté. brossé: et son image à Elle, comme il l'avait parée !

Il sentit venir la mort : « Sainte des Saintes, accueille-moi une dernière fois!» Vers l'aube, ses forces diminuèrent, son cœur faiblit: muni «les sacrements, cependant que tous les frères étaient en prière. François s'éteignit — un sourire de béatitude — il ouvrit grands les yeux, prononça quelques paroles

inintelligibles, finil par le nom <l<- la • Madone»; ^;i tète glissa doucement : il était mort

( Mi l'enterra derrière l'église dans la petite fosse qu'il s'était \n lieu de son nom, le silence et la neige lu! firenl un manteau tout blanc.

Noël! Noël ! Les cloches sonnent à toute \ olée. Un à un, 1rs frères trappistes, drapés dans les plis sombres de leurs mantes, telle une théorie d'ombres avancent, l'âme légère, 1rs yeux dirigés \ rrs le ciel.

I Ji-r pst éclairée; elle embaume d'un parfum pénétrant -;iii- pareil. Comme <l<-s nuages, d'encens, autour de la Madone, l'odeur des Heurs de lys Hotte. Elle est si forte, si captivante, au

u firent mi manteau tout blai

momenl où on lève l'hostie, que les frères grisés, émerveillés, semblenl entendre chanter 1rs anges.

La sainte messe terminée, on se demande d'où vient le miracle. Dans l'église, rien. A la lumière des torches, on fouille tout le cimetière, toutes les tombes : rien pourtant.

Là, derrière l'église, sur la tombe de François, une chose étrange apparaît.

Droit et lier, un immense Ivs. argenté par les rayons de la lune, répand tout son parfum. Sa tige sort de la neige. Vite, des pioches, des pelles: la neige est jetée de côté, on remue la terre. Voici le corps du pauvre François, tout petit, séché. roidi, les mains crispées serrant encoresur sa poitrine la petite médaille, tandis que de sa bouche soit un Ivs immense.

Béni, pardonné à jamais !

Droit et fier, un immense l\-

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