EN CORSE
A travers un grand rideau de neige, I a Lbéria » avance La mer est démontée, l'air froid, L'humidité pénétrante. La neige tombe; de grand flocons se suivent; on dirait des franges (|iii attachent le ciel à la mer.
Nous voguons toujours. A travers la brume, dans le lointain, de vagues contours se dessinent : les montagnes de la Corse.
A mesure que nous approchons, malgré la sombre journée, le vert riant nous accueille, et nous jetons l'ancre devant Bastia, ville très ancienne, fondée par les Génois, l'eu de souvenirs du passé: des environs charmants.
Le lendemain, un train minuscule nous emporte. Nous montons lentement pendant six heures jusqu'à Vizavona, à travers une véritable féerie: des forêts de pins couvrent les sommets des chaînes montagneuses que nous traversons; les bruyères en Heurs tapissent le sol. (!à et là. de grandes taches lumineuses dorées; des buissons de mimosas: puis tout un champ rosé; les amandiers en Heurs, pas une feuille... et la neige tombe toujours.
Involontairement, «mi pense a m^ froides nuits de \<>i'l et
mm* de voir sourire tant de fleurs à travers l'atmos-
. maussade d'une journée de janvier. Aux petites pares
où li- train s'arrête - mvent, les gens étonnés prétendent n'avoir
|..i- \ h la neige depuis sept an-.
Vizavona ! La nuit tombe et nous deseendons vers AJaccio. lendemain, même spectacle, plus grandiose, plus beau. Décidément, la Corse est un grand jardin traversé de collines, de longues chaînes de montagnes, donl 1rs sommets élevés du mont d'Oro, du Rotondo, du Cento, sont l'ornement, la parure.
\ p»»u près toute la flore tropicale est représentée : l«'s palmiers, le poivrier des forêts, d'immenses cactus aux fleurs
«es. I.ts maisons ruisselantes de roses, les orangers, les citronniers chargés de fruits, de fleurs embaumenl : les petites oranges sanguines et juteuses. Les violettes bordent les routes immenses; elles triomphent. Encore et toujours des mimosas. \i«u- traversons des allées où les branches se réunissent au-dessus de nus tètes au moindre coup de vent, les fleurettes parfumées s'envolent en une pluie d'or et jonchenl le sol. Les vignes sont abondantes; le vin, du rubis; tout cela est baigné de lumière légère; l'air fin, transparent.
Au crépuscule, un bleu unique. Ce n est ni les buées vaporeuses de Florence, ni l'améthyste de Prinkipo; mais le doux bleu de Xaples, ici intense, chaud, tel un immense saphir qui roulerait à travers l'atmosphère. Là haut, sur la crête «les m mtagnes, la neige esl rose; la lune arrive immense, dans une apothéose de lumière; les vagues frissonnent, argentées.
Maintenant on comprend comment de ce sol riche aux arômes puissants, aux sucs parfumés, où le caractère des gens s\ -t conservé entier et fier, malgré la tyrannie des diflerents maîtres, gardant encore l'usage de la vendetta, où la parure
des femmes est noire et 1<' deuil des veuves dure toujours, comment île cette terre féconde jaillit l'étincelle qui donna au monde le second César, et comment repose là-haut, sous le Dôme des Invalides, l'Empereur! La maison où il \ii le jour esl modeste; la chaise-longue, d'où il jeta son premier cri, fanée.
Ajaccio.
Nous traversons la Corse en automobile. Une visite aux calanches de Piana; de grands rochers granitiques atteignent MH) mètres de hauteur. Le soleil couchant répand sur eux une teinte de braise ardente : à travers, le coup d'œil sur la mer est ravissant. Ensuite, Sartène, Cargèse avec sa petite église byzantine fondée par une colonie de Grecs en IG76.
-i pittoresque, (;il\i. etc., enfin Boni facio aux ues éteintes sur une près pi il<' rocheuse; < • 1 1 « ■ date du l\ ~ se défendit vaillemmenl contre Alphonse <l dragon
en I !
Notre voyage en Corse esl terminé par une journée de tempête où les rayons de soleil -<»ui subitement obscurcis de nuages noirs, l<- ciel traversé d'éclairs. Nous quittons Bonifacio .•h vellino: la tempête se déchaîne de [dus en plus fort, ù quelques pas de nous, une trombe marine; <•! nous avançons péniblemént vers Madalena el Caprera on repose Garibadi; nous arrivons trempés d'eau et glacés de froid.
orses.
NUIT d'ÉTÉ AU SEMM E RING
NUIT D'ETE Al SEMMERING
Johannesfeuer! Feux de la Saint-Jean!
Des paillettes brillantes, des petites lumières glissent le long des vieux sapins noirs qui bordent la route blanche et poudreuse.
Elles montent, elles descendent, les lucioles ailées, parmi les branches dentelées ; elles s'en vont, telles des étoiles filantes, brillent un instant dans l'herbe, puis recommencent leur course folle vers l'amour, vers La mort.
La nuit avance à travers les gazes bleues aériennes, les gazes grises de pins en pins denses: elle couvre «le ses grandes ailes de chauve-souris l'immenses chaîne des Alpes, qui se confond aux nuages là-bas. au boni de l'horizon,
Tons les esprits se réveillent : le bois chuchote : là-haut, sons la lune, les Mlles dansent.
Et doucement, les heures passent, heures chaudes, lourdes. d'été, heures embaumées de nulle senteurs suaves, heures brèves, folles, d'amour...
Trois coups tintent à l'horloge de la petite chapelle discrètement enfouie dans un bouquet d'arbres, au pied de la montagne.
I le les sons qui s'en vonl mourir au loin.
Lorizon, subitement, unelueur l)lafarde.
In merle lance un trille, l'alouette répond; le rossignol ne ses petites ailes el remplit l'air de sons divins; trois chamois sortent d'un buisson; timides, ils avancent, remuant à peine l'herbe veloutée de leui*s pas hésitants.
il. là-bas, s*es1 couvert de Qammes roses, de Dammes rouges, pareil à un immense incendie. I ne boule violette, sans ravons, monte, monte toujours. La rosée tombe, on dirait des le M- -s til- d'une immense toile d'araignée, à travers les ci m leurs brisées de l'arc-en-ciel. Les taons bourdonnent et dansent dans l'air.
En l»;i-. c'est encore la nuit qui plie ses derniers voiles sombres, Tous les esprits se sont évanouis. Les fleurs se réveillent; l'edelweis, les roses des Alpes s'épanouissent au milieu des cerbines; une violette sourit, les marguerites jaunes rayonnent; les jacinthes, le foin fraîchement coupé embaument; tout un champ il»- cylamens se redresse; les grands lys rouges ouvrent doucemenl leurs corolles, les campanules s'inclinent,
Ah! la délicieuse flore îles Alpes ! comme elle enivre à travers les fougères argentées, dorées, Unes coin me des chevelures ! L'herbe verte, l'herbe Momie se secoue sous la rosée du matin.