CHAPITRE XI
Péra. Le Grand Champ des morts.
Péra, européen, essentiellement français, centre des magasins comme Galata l’est des comptoirs, est né du traité de 1538 passé entre François I er et Soliman, traité qui assigna cette colline comme résidence à l’ambassade française. Les Francs se campèrent autour de l’ambassade, les étrangers s’y établirent, les boutiques s’y risquèrent, le commerce s e installa peu à peu. Comme à Galata, toutes les nations y élurent domicile, tous les dialectes s’y implantèrent et l’Europe eut en ces deux faubourgs une colonie intelligente, affairée, mêlée d’éléments <;ui laissent la moralité des chrétiens et des juifs très-au-dessous de celle des musulmans.
Auprès de Galata et de Péra, Stamboul est exemplaire. Les escroqueries et les crimes qui se commettent dans la cité européenne, où sont accourus pour
L'îî PEU PARTOUT.
faire fortune quand même toutes sortes de Levantins, de Grecs, d’ Arméniens, de Juifs, d’Italiens et de Français, occupent plus la police turque que les sept collines de la ville ottomane.
Mais si Péra se distingue par ses malandrins en redingote, en fez et même en chapeau noir, Stamboul y apparaît en ses turbans dédaigneux , peu soucieux des chrétiens que poursuivent leurs caniches et que menacent leurs chevaux.
Péra, que les incendies ont réformé, dont l’occupation française de 1855 a baptisé les rues et qui < éclairé au gaz depuis 1857, Péra a des églises, des hôtels, un théâtre, des écoles, des hôpitaux, de nombreux consulats, toutes les ambassades accréditées auprès de la Sublime-Porte. La plupart de ces ambassades sont étagées en terrasses sur les ramp< s qui dominent le Bosphore. Le jardin du palais de France avec ses ombrages, ses fleurs, ses fontaim >. ses escaliers de marbre, jouit de points de vue qui valent mieux que ses abords; il faut, pour atteincue la grille, dégringoler entre deux murs, le long d’une pente si rapide que le pavé de la rue se trouve à ia hauteur du premier étage de la maison.
Malgré quelques pachas à cheval et quelques arabas chargés de femmes voilées, la circulation dans la rue de Péra est presqu’occidentale; les pharmac’ sont anglaises, les boulangeries sont allemandes, les horlogers sont suisses, les magasins sont français. Cette rue ne laisse pourtant pas que d’être originale