PERA
par les maisons qui la surplombent, projetées en avant au point de former voûte, et lui donnent un caractère oriental que ne dément point l’aspect des groupes de femmes empaquetées, traînant leurs affreux pieds dans d’énormes babouches. Ces femmes voient sans être vues ; le voile qui les enveloppe ne livre que leurs yeux profonds et doux; un manteau lourd, sans ampleur, complète un emmaillotage qui laisse sam démarche et sans tournure ces paquets ambulants.
Les dames du sérail et autres, dont les voitures stationnent devant les magasins, se font apporter ks étoffes, les examinent delà portière; elles ont toujours autour d’elles de grands eunuques d’Abyssinie aux yeux blancs, armés d’une courbache en p u d’hippopotame, qu’une curiosité trop empressée trouverait peu endurante.
f.u grande rue de Péra est sillonnée d’enterrements. Les Arméniens et les Grecs portent leurs morts à bras, exposés dans des cercueils ouverts à l’indifférence ou aux dégoûts de la rue, avec des habits de fête, des gants blancs et des fleurs, avec du carmin sur les lèvres et de la pommade dans les cheveux. Mais au cimetière on les dépouille de leur toilette, un mauvais sac plein de terre remplace l’oreiller de batiste.
Pera tient de Stamboul par le spectacle de la mort qui s’y mêle sans cesse à celui de la vie. Les sépultures y côtoient les magasins, les cercueils avoisinent
les cafés, les joueurs d’orgues offrent leurs plaintives mélodies aux morts qui dorment sous les cyprès.
Les cimetières de Péra sont des promenades publiques, des lieux de divertissement et de récréation.
Entre les tombes du Petit Champ des morts que domine un des cafés les plus fréquentés de la ville, les femmes causent, les hommes fument, les enfants jouent, les vaches paissent, les poules picorent, les marchands colportent leurs glaces et leurs sirops.
Le Grand Champ, où de nouvelles tombes se creusent chaque matin, possède un café concert et une vaste esplanade où les piétons s’assemblent, où i< **= voitures circulent, où les toilettes s’étalent, où b jeunesse dorée passe en revue les femmes, les chevaux, et les modes. C’est le mouvement factice de ia vie mondaine et vaniteuse en regard de la mort et de l’éternel repos.
Cette esplanade offre quelque chose de mieux que son cours journalier; c’est sa merveilleuse situation sa vue incomparable. Dans ce champ de mort, tout parle de la vie, tout la chante, tout la fait désire Si l’homme, a dit le poète, n’avait qu’un coup d’œil à donner à la terre, c’est de là qu’il faudrait la re-
La brise accourt des deux mers, de tièdes haleines se dégagent du feuillage; le bleu de la Propontide qui miroite au loin fait pâlir l’aznr du ciel; les pigeons roucoulent dans les sycomores; les oiseaux gazouillent dans les jasmins; le Bosphore brille au
E GRAND CHAMP
travers des cyprès, glisse au pied des collines entre de riants villages, des baies solitaires et de frais promontoires ; il fuit entre les palais, les kiosques et les cafés, le long des haies, à l’ombre des platanes. L’Asie apparaît en ses montagnes élevées; Scutari étincelle et se détache d’une forêt de cyprès.
Car, à Constantinople le cyprès est partout, il entoure les maisons, il orne les jardins, il couvre les collines; partout il se mêle à l’existence et avertit de sa fin. Sa taille est élancée, sa verdure est épaisse, ses branchages servent d’asile à d’heureuses tourterelles. Il forme dans les cimetières de mystérieuses forêts favorables à la méditation ; il y rappelle qu’il faut mourir, alors même que les horizons se couvrent de pourpre et d’or, alors que le ciel sourit et que les oiseaux chantent.
De tous les arbres que la main de l’homme a piautés, le cyprès est le seul qui le suive, c’est Apollon qui l’a voulu.
Cvparisse, aimé du dieu, avait un cerf qu’il prenait plaisir à conduire dans les parcs herbeux, au bord des frais ruisseaux et qu’un jour il tua parmégarde. Apollon n’apaisa sa douleur qu’en le laissant pleurer éternellement, sous la forme d’un cyprès, la perte de son doux compagnon. Les membres de Cypurisse se changèrent eu rameaux, sou sang se transforma en sève, ses cheveux se dressèrent en pyramide de verdure. Quand Apollon le vit en cet état, il s’affligea de son oeuvre.
Longtemps, lui dit-il, nous pleurerons ta perte, et tu pleureras celle des autres. On ne se plaindra qu’en ta présence, on ne prendra le deuil que devant toi.
Les Turcs prennent le deuil sans douleur appa rente et ne se désolent pas quand le chameau noir s’agenouille de porte en porte; car c'est Allah qui l’a envoyé.
Leurs morts, traités avec une familiarité qui n’emporte aucune idée de profanation, sont lestement conduits à leur dernier asile. Les Turcs se départissent alors de leur gravité habituelle et dirigent au pas de course l’ensevelissement des leurs. Pourquoi faire attendre au défunt la félicité suprême ? Pourquoi retarder pour lui l'ineffable vue d’Allah?
Et puis, un redoutable examen se prépare pour ceux que la terre va recevoir et que l ange de l’extermination ou des célestes voluptés va questionner sur l'emploi de leur temps et sur le degré de leur foi. Cet examen qui doit ouvrir ou l’enfer ou le ciel ne peut être remis; l’incertitude de lame sur son avenir éternel ne doit pas se prolonger. A cet efTet, et pour faciliter à l’ange ce suprême examen, le mort n’est enterré qu’à une petite profondeur entre de mauvaises planches. Une ouverture soigneusement ménagée doit laisser pénétrer, avec l’air extérieur, les soupirs des survivants et les questions de l’archange.
Mais à défaut de l’ange qui ne vient pas ou des soupirs que le vent a emportés, les chiens rôdent
LE GRAM) CHAMP
autour de ces tertres fraîchement remués, grattent avec les pattes, fouillent de leur museau l’orifice extérieur, l’agrandissent, pénètrent jusqu’au cadavre, le dévorent, font leurs petits, s’établissent en famille dans ces lugubres excavations. D’autres fois ils l’abandonnent après consommation des chairs, et le squelette apparaît par le trou resté béant. On y plonge le regard avec un empressement dont on s’étonne soi-même; une sombre curiosité vous saisii; une force irrésistible vous pousse à surprendre la mort en son déshabillé.
Il y aurait pourtant en ce lieu dont la mélancolie pénètre autre chose à satisfaire que ce désir étrange. En regard de ces existences éteintes, de ces ossements épars, de cette poussière qu'on foule aux pieds, qui a vécu, pensé, souffert, aimé comme nous, il y aurait à se souvenir, à travailler et à craindre.
Il arrive souvent de retrouver la vie dans ces sépulcres, et quand on se baisse pour apercevoir les restes de ceux qui y reposent, on ne voit que de petits chiens empressés, frétillants, aussi jolis que leurs parents sont laids.
Les intendances sanitaires se sont à plus d’une reprise préoccupées des mesures à prendre pour prévenir les émanations pestilentielles promptes à se dégager de ces corps qui pourrissent à fleur de terre ; mais, outre qu’elles sont rares, la coutume l’emporte sur la prudence; les musulmans comptent d’ailleuis
pour neutraliser les miasmes, sur l’arome résineux des cyprès et sur les brises de mer.
Dans nos villes on ne choisit guère les cimetières comme un lieu d’agrément, mais les orientaux aiment à rêver dans ces champs de repos et de myslé- rieuse tranquillité; l’ombre des cyprès au travers desquels pénètreune douce lumière et qui sont d’une grandeur et d’une beauté bien éloignées de ceux de nos climats, prêle à leurs méditations de secrètes harmonies. Ils ne comprennent pas pourquoi le voisinage de ceux qui dorment sous leurs pieds aurait quelque chose de triste; leur confiance en Allah adoucit l’aiguillon et console de l’adieu.
Là comme ailleurs s’affirme la pensée fataliste des musulmans. Les turbans détachés de leurs socles, les cippes plates et terminées en pointe, particulières aux tombes des femmes, portent souvent, gravées en lettres d’azur et d’or, de poétiques pensées sur l’éternité qui s’approche, sur la vie qui s’enfuit. Un tendre souvenir a gravé sur plusieurs une fleur, une branche de lierre, emblème d’une fécondité bénie et'du doux attachementdontuue vie s’est imprégnée.
Des enfants vêtus de rouge et de bleu grignotent des sucreries, se régalent de lait caillé; leurs mères en fèredjès roses ou lilas, mélancoliquement assises sur le socle des tombeaux, écoutent les conteurs ambulants, effeuillent des roses et du jasmin.
Sur quelaues tombes d’hommes plus anciennes que les autres se dessinent encore le cimeterre ou le
LE GRAND CHAMP
lacet qui ont retranché de la vie celui qui est couché là; dans la pensée des Turcs, cette disgrâce n’est point un déshonneur.
Auprès de tout cela les chats gambadent, les chanteurs exhibent leur voix monotone et nasillarde à laquelle se mêle le carillon des marchands ambulants; les confiseurs circulent entre les tombes avec leurs tables portatives chargées de confitures de roses, de bâtons de caramel, de pépins confits, d’amandes p.ralinées, de couronnes de sucre candi, de pâtes imprégnées d’essence de rose et de toutes ces pyramides de sucre en honneur à Stamboul où l’art de la confiserie flatte un des penchants marqués de la race turque.
Cette florissante industrie tend au perfectionnement ; pour y arriver, les musulmans rompent avec la routine et aspirent au progrès.
Cette passion du sucre est générale ; il faut même croire qu’elle tient à leurcaractère ou qu’elle l’a modifié, car ils ont dans leurs manières la douceur qu’ils recherchent pour leur palais. Leur physionomie est bienveillante, leurs intonations sont sympathiques; entre eux leur urbanité est empreinte du respect de soi-même. Ils ont un air honnête et vigoureux ; il y a dans leurs procédés quelque chose à la fois de martial et de fin. Leur geste est sobre, leurs mouvements sont contenus, leur joie n’est point bruyante. On ne les entend guère jurer, on les voit très-rarement en colère.
UN PEU PAKTOUT.
Si une injure les atteint, ils pensent comme Abdallah qu’elle est à l’àme ce que l’orage est à la terre et qu’en la déchirant, elle la rafraîchit et la féconde.
A voir ces gaillards tout en moustache et en barbe, dont la conscience doit être chargée de nombreuses transgressions, s’il est vrai que les eroyants laissent pousser leur barbe en expiation de leurs erreurs passées; avoir ces Hercules aux larges épaules, à la taille athlétique, la ceinture bourrée de pipes, de pistolets et de couteaux, on ne les croirait point si âpres après les confitures.
La confiserie des Turcs vaut mieux que leur cuisine où l’huile, la graisse, le sucre, le fromage et l’eau de rose, avec agréments d’épiccs, de pépins de courge, de miel et de lait caillé se confondent en de douteux mélanges ignorés du baron Brisse. Gela est d’aspect insaisissable, d'odeur extravagante. La science de la farce joue en ces apprêts insolites un rôle inquiétant. Cependant certains mets, comine leurs croquettes passées au beurre et enveloppées de feuilles de vigne, comme leurs morceaux de mouton braisé ou en brochette, ne sont pas désagréables à l’œil. Leur pi/au , ou poulet bouilli entouré de riz au poivre est encore acceptable. Quant à leur soupe d’huile et de miel, elle ne soutient pas l’examen.
Tout cela se confectionne en plein vent et s’étale sur de petites tables basses chargées de carafes d’orangeade, de jus de cerises, de toutes sortes de
LE GRAND CHAMP
boissons restaurantes et fraîches préférables aux aliments.
Le poulet bouilli et le mouton braisé sont les viandes d’appétit des tables turques sur lesquelles on sert peu de bœuf, peu de veau , jamais de porc.
Pour les personnes qui ne craignent pas les ap-' prêts de haut goût, l’oignon farci de Stamboul n’est pas à dédaigner; la consommation qu’en font les Turcs aurait fort indigné les Égyptiens au temps de leur culte pour cette plante potagère. « Y mordre, •• dit Juvénal, « serait un sacrilège. » Mais les Grecs, les Corcyréens entre autres, se détournèrent de cette divinité, n’admettant pas qu’il pût être donné à l’homme de voir ses dieux germer et croître.
Une époque qui, à Constantinople, met en relief les sucreries et les ratatouilles affectionnées des Turcs, est la fête de la Résurrection que la population grecque du Phanar vient célébrer dans le cimetière arménien situé à Péra près du grand champ des morts.
La familiarité des musulmans à l’égard des cimetières a gagné les chrétiens de Constantinople, mais la manière dont ceux-ci en usent n’est pas à l’avantage de nos coréligionnaires.
Les Grecs, poussés par un clergé formaliste à observer strictement les pratiques extérieures de la religion plutôt qu’à affirmer son influence et à se pénétrer de son esprit, suivent les processions avec
exactitude, se soumettent scrupuleusement aux jeûnes qui leur sont imposés. Cet attachement aux coutumes de l’Eglise tient au sentiment national des Grecs qui s’en entretient et s’en fortifie.
Les classes supérieures ont transigé et se laissent aller à de petits accommodements avec le maigre. Dans le peuple, l’abstinence prescrite est sévèrement observée; on parle même de brigands qui étant en train d’attendre la rançon de leurs prisonniers les aperçurent grignotant un reste de substance animale interdite en carême, en furent scandalisés, se jetèrent sur eux et les rouèrent de coups.
Le jeûne de carême est long et rigoureux; le peuple qui n’a vécu pendant plusieurs semaines que d’herbes bouillies, de légumes crus, de caviar, d’olives et de poisson à l’huile, arrive au jour de la Brillante , qui est le dimanche de Pâques, avec un désir immodéré de viande, avec la frénésie du laitage et l idée fixe de la pâtisserie.
On les voit, dès le samedi, un poulet à la main, un panier d’œufs au bras, un agneau sur l’épaule en souvenir du bon pasteur. Chacun s'arme en outre d’une baguette longue et effilée qui va servir de broche, car, tous ceux qui le peuvent égorgent un agneau qu’on accommode d’herbes aromatiques et qu’on rôtit tout entier devant un feu de fagots. Quand a sonné l’heure de la Résurrection, on se rattrappe en des repas homériques des privations qu’il a fallu subir.
LE GRAND CHAMP
Si les rôtisseries ne désemplissent pas, les églises sont encombrées; les fidèles s’y entassent armés d’un cierge ou d’un bout de chandelle qu’ils appuyent sans façon sur la tête du voisin, qu’ils laissent trèstranquillement couler sur ses cheveux et scs habits. Gomme une fois entré, on ne peut plus sortir, il ne reste qu’à se résigner à ce genre d’arrosement.
La police turque est de la fête. Les soldats de l’Islamisme président aux processions qui circulent dans Péra.
A l’occasion des fêtes de Pâques, Constantinople achète, mange, offre comme nous beaucoup d’œufs teints.
L’œuf que les Persans s’offraient déjà au nouvel an comme un emblème du temps nouveau qui s’ouvrait devant eux, est encore pour les Grecs comme pour les Russes le commencement de toutes choses, le germe qu’a jeté la création, le symbole de l’état primitif du monde au sortir du chaos. A la Résurrection, il est pour eux un enseignement et ùn appel.
Il fut un temps où le clergé français, à l’imitation du clergé grec, défendit l’usage des œufs pendant le carême ; on en faisait alors de vastes provisions pour se dédommager à Pâques de cette longue abstinence. L’habitude de les colorer date de LouisXI V. Versailles en fit une mode perfectionnée par notre époque ; à ce point, qu un œuf est devenu un objet d’art que le caprice, la gourmandise et le luxe bourrent de jouets, de bonbons et de bijoux.
188 ON PEO PARTOUT.
A Péra, dans les rues, en particulier au cimetière arménien, ce ne sont, le dimanche de Pâques, que gens en embrassades, marchant en groupes et se tenant par la main. L’allégresse est générale et communicative; partout s’élève ce cri joyeux du patriotisme et de la religion des Grecs : « Christ est ressuscité. »
Il y a dans le spectacle de ces amis qui s’arrêtent, de ces familles qui se félicitent, de tous ces groupes qui s’annoncent la grande nouvelle du Christ hors du tombeau, quelque chose qui émeut; et ce sentiment unanime de reconnaissance et de foi nous ferait faire un retour sur notre indifférence, s’il ne se manifestait ensuite en un vacarme étourdissant.
Aux abords du cimetière, la géante, la femme sauvage, le veau à deux têtes et à trop de jambes exhibent leur triste gloire. Il y a là des orgies de clarinette , des intempérances de trombone, des débauches de flûte, des sonorités tumultueuses que l’oreille n’avait point soupçonnées. Les tours sont invraisemblables, les culbutes de premier ordre ; et ces dames des tréteaux, en maillots roses, en toilettes effondrées, embouchent la trompette et appellent l’enthousiasme avec une témérité d’ailleurs bien éloignée de l’esprit de la fête.
Dans le cimetière même, à côté des parents qu’on regrette et des amis qu’on a perdus, les carrousels tournent, les balançoires s’enlèvent, les rondes se
LE GRAND CHAMP
multiplient, les fourneaux s'allument : on croque de l’ail, on se jette sur les fritures, on se bourre de gâteaux. On chante, on crie, on s’abandonne à tous les excès d’une joie désordonnée.
Le soir tout cela s’illumine, les détonations redoublent et comme les accidents ne sont pas rares, la police défend les fusillades. On se cache pour décharger ses armes, on tire en sourdine dans sa cave, dans sa cheminée, derrière sa porte, dans son vestibule ou par la fenêtre. Ces coups de feu inattendus qui vous partent dans les oreilles font de la promenade un soubresaut, mais pour les Grecs tirailler est un besoin, le Christ ressuscité ne peut se passer de poudre.
L’élégance martiale des jeunes Grecs dans leurs danses classiques dédommage un peu de leur amour intempestif pour les décharges d’armes à feu.
Enfin les danseurs se fatiguent, les détonations se calment, les cris s’endorment, la foule redescend Péra, traverse la Corne d’or et regagne le Phanar en proclamant le Christ : « C’est aujourd’hui grand jour de fête ; Christ est ressuscité! Les belles dames mettent pour ornements le soleil et la lune ; car Christ est ressuscité! Elles prennent pour anneau la brillante étoile du matin ; car Christ est ressuscité ! »
Le coup d’œil de la fête est pittoresque , et la pensée en serait belle sans les manifestations qui la gâtent. Ces costumes brillants, ces mœurs si éloignées des nôtres, que la nature enveloppe d’un ca-
dre merveilleux, laissent un peu oublier que tout cela se passe en l’honneur de Jésus ressuscité; que ce lieu de fête est un champ de repos et qu’il recevra un jour la foule qui s’y amuse.
Pour les Grecs comme pour les Turcs la mort est sans horreur, le tombeau sans désespoir. Pourquoi se lamenter sur ceux qui se reposent des fatigues du voyage et des désillusions de la vie? Jésus est sorti du tombeau, ils s’en lèveront comme lui.
Et puis, à ce moment de la Résurrection, le printemps apparaît, les feuilles s’ouvrent, les fleurs s’éveillent, une verdure fraîchement éclose jaillit de ces tombeaux.
C'est à celte nouvelle naissance que la fête doit regarder. Mais à Péra comme ailleurs, chez les Grecs et chez nous, ce regard souvent distrait n’influe pas sur la vie.