ABDUL-AZIS
très militaires se plaçaient au bord de l’eau ; les troupes se rangeaient en tenue de parade. Les caïques se pavoisaient, les caravelles déployaient leurs joyeuses banderoles ; d’innombrables vaisseaux arboraient le drapeau de leur pays ; les matelots grimpaient aux dunes ; partout le drapeau ottoman déployait ses larges plis et mêlait le croissant de l’Islam aux pavillons européens agités par la brise.
Bientôt, sur la Propontide, apparaît la flottille impériale ; elle approche lentement, s’avance sous les murs du sérail, entre dans le Bosphore. Les vaisseaux se rangent, le tambour bat, le canon tonne, les fanfares éclatent, la fumée qui s’étend sur les eaux comme en une bataille navale, ondule autour des étendards et enveloppe les navires.
Le Sultan qui a quitté sa frégate, glisse vers Dolma-Batché ; son caïque fuit sous la rame de vingt rameurs avec la légèreté du cygne.
Sur le bois blanc de ce caïque s’entrelacent d’élégantes sculptures, des filets d’or ornent les rames. A la proue, un aigle d’argent massif déployé ses ailes ; à l’arrière, s’élève le kiosque de velours rouge et de satin blanc sous lequel se dessine la silhouette du maître. Le siège est d’argent avec colonettes de vermeil, les marches sont d’acajou.
Après le Sultan à la mosquée ou en caïque, il y a encore, le vendredi, lesEaux-douees d’Asie ; et on ne peut y manquer. Cette verte prairie où serpente entre les| saules, les frênes et les tapis de fleurs un
frais ruisseau semé de nénuphars, abrite, sous des bouquets de platanes, des eafés, dés musiciens, des marchands, des groupes de femmes qui viennent respirer la brise et suivre d’un œil rêveur les voiles qui fuient sur le Bosphore.
Un kiosque de marbre blanc, une fontaine historiée d’inscriptions se projettent sur l’opulente verdure.
On a dit du vallon des Eaux-douces qu’il était vert et doux comme les cheveux des sirènes ; mais ceux pour lesquels aucune sirène ne s’est levée du sein des eaux et qui n'ont pas eu l’occasion d’observer leur chevelure, peuvent affirmer sans avoir recours à la mythologie, que les Eaux-douces d’Asie sont un charmant vallon.
Tout y est gracieux et frais; l’homme n’y gâte point la nature.
Les femmes s’y installent sous les arbres avec tout un petit déménagement de nattes bariolées, de tapis, de cafetières élégantes, de cassettes incrustées de nacre.
Elles portent des bottes jaunes; leur voile blanc retombe sur un féredjé vert d’eau, vert pomme ou rose tendre. Accroupies en cercle elles poussent de petits cris semblables à ceux de l’alouette des champs, et sont comme la toile vivante et colorée du cadie des Eaux-douces.
Leurs femmes ou leurs esclaves s’empressent à leur servir sur de charmants petits plateaux gaufrés