CHAPITRE XVI
Les femmes turques.
Aux Eaux-douces d’Asie plus que partout ailleurs s’affirme la nonchalance contemplative de la vie des femmes turques.
Vie qui n’est point la réclusion du gynécée des anciens ni des belles captives des poésies d’Homère. Quoique soumise à certaines prescriptions, contrôlée par les mœurs publiques, leur existence s’écoule avec une certaine liberté, mais avec ennui, sans élévation, sans intérêts sérieux. Les hommes ne sont pour elles que des maîtres. Elles ne vivent dans leur intérieur que de leurs appétits sensuels, des soins d’un ménage presque nul et de l’éducation très-élémentaire de leurs enfants, qui les accompagnent partout, qu’elles conduisent par la main et qu’elles semblent aimer beaucoup.
Cette existence isolée de celle de l’homme, en de-
UN PEU l'AUTOUT.
hors de la vie publique, absente de toute culture, se traîne misérable ou dorée, sans ressort et sans initiative, dans une monotonie que de pâles amitiés ne peuvent distraire, que le goût des arts, la lecture et la conversation ne relèvent pas, qu’un amour vrai ne peut charmer.
On s’épouse sans s’être vu, sans s’être parlé. Cet inconnu plein de surprises, de déceptions comme aussi d’enchantements, rend impossible ces sympathies naissantes et ce doux échange du regard et de la pensée que l’inclination précipite, que l’imagination poétise, qui noue deux cœurs et prépare leur harmonie.
Que doit être un bonheur obtenu sans qu’on l’ait désiré ?
Que peut être un amour que le sentiment n’a pas entretenu, qu’aucune poésie ne colore, que des impressions communes n’ont point sollicité, que les courants contraires de la crainte et de l’espérance n’ont jamais traversé et qui précipite le mariage comme une satisfaction de la nature et non comme un besoin de l’àme ?
La beauté ne peut à elle seule composer un bonheur qui n’est pour le mari qu’un délassement et ne peut être que cela. La femme n’étant ni l’égale, ni l’amie de l’homme reste sous le coup d’un verdict d’infériorité fatal à l’influence qui adoucit, à la confiance qui lie, au dévouement qui attache; mais ces choses sont superflues au yeux de la plupart des