‹ Un peu partout de Neuchatel au Bosphore James de ChambrierChapitre 3 sur 54 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les Musées de Munich. — Route de Vienne.

Ce ne serait pas connaître Munich que de le quitter sans avoir rendu à ses musées l’hommage qui leur est dû. Le roi Louis, en les continuant ou en les faisant naître, a été bien secondé; il s’est appuyé pour atteindre son but sur des renommées européennes. D’illustres talents ont répondu à la voix ardente qui les conviait à élever à la religion, à la royauté et à l’art des églises, des palais et des temples qui sont l’orgueil de la' Bavière et font l’admiration de tous les peuples.

Rlenze, architecte et savant, talent grave, sympathique et souple , avait , sauf pour le genre gothique qu’il repousse avec une sorte de parti pris, le goût et la facilité de tous les styles.

Hess est un cœur religieux, un artiste essentiellement chrétien, un peintre qui a marqué ses œuvres du sceau d’une foi fervente et convaincue.

'Kaulbach, c’est la science dans le travail, l’ame dans la force, l’imagination dans la grandeur.

Le talent de Nilson reste incontestable sous l’étalage un peu risqué des fresques extérieures de la nouvelle Pinacothèque.

Le pinceau de Schnorr s’est inspiré dans les Niebelungen des anciens peintres allemands; il y a fait revivre les traits des personnages héroïques.

üverbeck, trop rare à Munich, est tendre et doux, pieux et mystique; on l’a appelé le saint Jean de la peinture. Ses œuvres empreintes de spiritualisme et nées d’un pinceau suave ont quelque chose de la grâce naïve des peintres primitifs.

Schwanthaler a le dessin fécond, le ciseau facile et animé. Sa brillante imagination s’est encore développée sous l’instigation de son royal ami; il a rendu avec un bonheur égal le moyen âge et la mythologie.

Cornélius enfin, coloriste un peu dur, poete épique , talent philosophique et abstrait , génie dramatique, traducteur de pensées profondes et souvent insaisissables, fut le restaurateur de la peinture à fresques. La grandeur a plus de part que le naturel dans ses œuvres empreintes de force, d’élégance et d’une originalité tonte germanique. Il a peint dans les loges de l’ancienne Pinacothèque la renaissance des arts et l’histoire de la peinture. Il a fait revivre à la Glyptothèque et au palais du roi les temps héroïques et les légendes des siècles écoulés. Il a re-

tracé à Saint-Louis les points fondamentaux de la religion chrétienne, l’époque biblique et le dogme de la Trinité. Son jugement dernier affronte avec une noble puissance les redoutables souvenirs de Michel-Ange et de Rubens.

La Glyptothèque , consacrée aux fastes de l’arplastique et à l’étude chronologique de son développement, est d’un aspect classique; c’est le style grec pur, sobre et tranquille. Une douce mélancolie règne à l’entour. De beaux arbres prêtent au gazon leurs ombrages; les lilas y répandent leurs parfums, les oiseaux y redisent les chansons du printemps.

A l’extérieur, aucune croisée. La porte qui donne sous un portique de colonnes ioniennes est la seule ouverture et prélude aux magnificences de l’intérieur où la richesse et le fini des détails, l’intelligence et le goût des arrangements font encore ressortir ces vieux débris de l’art. Le jour pénètre d'en haut et se répand dans les salles en douce lumière. Ce ne sont que stucs variés, fines sculptures, corniches élégantes, pavés de marbre, voûtes riches, dômes légers, tympans et bas-reliefs, arabesques d’or, fresques éclatantes. Le luxe décoratif y progresse avec l’art et suit Ingénié plastique en ses annales diverses. Les douze salles de la Glyptothèque évoquent les sculptures de tous les siècles; depuis l’art égyptien -et étrusque, précurseur et berceau de l’art grec auquel conduitl’art éginétique, jusqu’aux formes idéales de Praxitèle et de Phidias; elles convient l’art ro-

main et traversent l’époque stérile d’Adrien au roi Louis.

On se tue avec la placidité des Niebelungen sur le fronton fameux du temple de Jupiter; on y meurt le sourire sur les lèvres. Tout le monde y rit d’un rire uniforme ; Minerve qui trône dans le centre, comme Hector qui frappe Patrocle d’un mouvement plein de vie, mais avec une physionomie absente de son action. Ajax s’y précipite au secours de son ami avec l’ardeur d’un noble élan et un visage béatement imbécile.

Très-soigneux de la vérité des formes corporelles, les Eginètes ont omis le sentiment. Leur statuaire donne le corps, mais sans le cœur. Sous le jeu des muscles, l’àme reste oubliée. 11 y a vie et immobilité. La turbulence des mouvements fait ressortir la roideur de la physionomie. La souplesse des membres laisse pressentir Phidias; la tête est inexpressive et grossière comme celle des anciens dieux de l’Egypte.

C’est bien une des meilleures fortunes du roi Louis que le transport dans sa patrie de ce curieux spécimen de l’art éginétique, une des pages les plus intéressantes de l’histoire artistique des Grecs, comme aussi cle leur développement moral et politique.

Ces marbres sont attribués à la période des guerres mérliques, alors que les Eginètes, dépositaires du butin de Salamine et des dépouilles dePlatée, avaient, antérieurement à ces deux époques, devancé Athènes, élargi par leurs aptitudes maritimes et commer-

ciales les limites de leur île. Le luxe, la mollesse, l’enivrement du succès empêchèrent l’indépendance comme la prospérité d’Egine et préparèrent sa soumission. Athènes écrasa sa rivale et ne lui envoya que ses proscrits.

L’histoire des Eginètes est aussi celle de l’art statuaire. L’art grec, d’abord indépendant et sobre, puis luxueux et maniéré, perdit sous la domination macédonienne et au contact de la civilisation romaine ce qu'il avait gagné en simplicité et en noblesse.

Si les brumes de Munich enveloppent les marbres du fronton qui a occupé la science et aidé les recherches de l’archéologie moderne , les colonnes du temple se détachent encore sur le ciel éclatant de la Grèce et se projettent contre les montagnes de l’Argolide et de l’Attique, au-dessus des flots bleus de la mer d’Athènes. Là, la nature prête à l’art sa poésie et sa grandeur. Ici, une plaine uniforme et de maigres gazons ne peuvent compenser de tels enchantements; mais si la nature est absente, l’artreste vivant.

La salle romaine, plus brillante que les autres, ne contient pas de merveilles; mais des bronzes, des trépieds, des candélabres, des vases, des autels, des sarcophages, quelques statues et une infinité de bustes qui raniment les traits et les passions des Césars. C’est comme une page détachée de Suétone et de Tacite.

A la Glyptothèque, les Grecs dépassent de beaucoup les Romains.

Sans parler de la "Venus de Cnide, de l’Apollon et du Niobide mourant, le Faune suffirait à lui seul pour exciter l’admiration. Et ce n’est pas parce que le nom de Praxitèle s’associe à celui-là, car les gens les moins prévenus et le moins soucieux d’art s’arrêteraient devant le Faune et ne s’en éloigneraient qu’avec la crainte de l’éveiller. C’est l’abandon de l’ivresse endormie ; c’est la nature même surprise par le sommeil et bercée par les songes, animée sous sa mollesse, vivante dans son repos.

Ce Faune au sommeil profond a mené une vie fort orageuse. Violemment arraché du tombeau d’Adrien sur lequel il reposait au château Saint-Ange, il fut, au siège de Rome, jeté par Bélisaire sur fa tête des Goths. Le Faune, que cette vivacité n’éveilla point, continua de dormir dans un fossé un certain nombre de siècles avant de trouver à Munich un asile contre le retour de semblables disgrâces.

La statuaire antique est d’une richesse humiliante pour notre temps qui pense avoir tout résolu et tout perfectionné. La sculpture contemporaine ou moderne, représentée à laGlyptothèquepar l’Allemagne et l’Italie, par Rauch, Schadow, Thorwaldsen et Canova, a des œuvres charmantes, mais bien inférieures à celles dont tant de siècles nous séparent.

Les deux Pinacothèques atténuent ce sentiment, et si la sculpture antique humilie nos efforts, la peinture, en ces trois derniers siècles, nous donne sur les anciens une revanche consolante.

l'N PEU PABTOUT.

Une gracieuse élégance préside à la façade de l’ancienne Pinacothèque, à la fois grecque et italienne. Entourée d’un jardin orné de grilles, de vases et de bustes, elle a une majesté augmentée encore par la solitude qui la protège. Les grands peintres qui méditent sur le toit en rompent agréablement la ligne droite; les loges qui courent d’une aile à l’autre donnent à l’ensemble beaucoup de légèreté.

Ces loges sont meilleures à voir du dehors que du dedans, malgré les fresques de Cornélius, et peutêtre à cause d’elles. On ne saura jamais toutes les idées qui chargent ces murailles sous prétexte de redire l’histoire des beaux-arts au moyeu âge. C’est de la métaphysique en peinture. C’est criard et peu clair; cela demande autant d’érudition que de profondeur. Puis, l’esprit est tendu, le corps est fatigué; car il faut se tourner sans cesse des lunettes aux angles et se tenir le nez en l’air pour deviner les énigmes qui se posent au plafond.

Il y a mieux dans les salles, et comme étude par la représentation de toutes les écoles qui y sont réunies avec ordre, clarté et beaucoup de soin. Chacun peut y trouver des éléments d’admiration ou d’intérêt. Ceux-là même qui, en peinture, n’apprécient que la ressemblance doivent être frappés par la richesse, l’ordonnance, les proportions des salles; parle goût des ornements, le luxe des plafonds, la variété des sujets, l’emplacement des toiles sobre-

ment éclairées et disposées de manière à ne point se nuire.

Le rez-de-chaussée a une biliothèque relative aux beaux-arts, quelques dessins de vieux maîtres, des mosaïques et des vases étrusques. Il a surtout un portier majestueux, gigantesque et paternel, dont l'attitude impose, dont la canne à pommeau d’or inspire le respect; pour un peu, on lui adresserait ses hommages comme au roi de toutes les Davières. Il est bien le roi de la Pinacothèque; il y règne, il y gouverne et le démontrerait à quiconque oserait sous son regard dissimuler sa canne ou enjamber l’escalier sans une pensée pour le décrottoir.

Rivale de Dresde, l'ancienne Pinacothèque est essentiellement consacrée aux toiles des anciens maîtres.

La vieille école allemande, aux brillantes couleurs, naïve, sans perspective, a d’Holbein l’aîné une Sainte Elisabeth soignant les malades avec une expression qui charme, une ferveur qui pénètre.

Cette simplicité douce n’est pas ce qui attire dans le Paul et Marc, d’Albert Dürer; mais le feu de l’âme brille dans les yeux des apôtres.

Il y a aussi de Lucas Cranacb une Marie abîmée dans sa douleur; elle ne voit que Jésus, elle est comme absente d’elle-même et de la vie. Qui ne ressent ce qu’elle a éprouvé? Qui n’a concentré

comme elle, une fois, le monde entier dans un dernier regard à l’être qu’on ne reverra plus ?

L’école hollandaise et flamande a usé de tout à la Pinacothèque, même d’une tête de veau que deux chiens se disputent. Le mouvement y est, la vérité aussi; et cela peut-être plein de ragoût, comme dirait Théophile Gautier, mais il n’en reste pas moins bizarre qu’un artiste soit allé chercher l’inspiration dans ce spectacle de deux chiens qui grognent après une tête de veau. L’école hollandaise possède à Munich 95 toiles de Rubens; et on pense bien que les viragos énormes, sensuelles et réjouies n’y manquent pas.

Dans son Jugement dernier, moins puissant, moins hardi que celui de Michel-Ange, mais plus biillant, plus doux, il y a comme une sorte de fantasia d’anges, de diables et de damnés ; c’est une véritable mêlée, bizarre-et téméraire dans sa magnificence. Jésus, moins terrible qu’à la Sixtine, est ici le sauveur des hommes plus encore que leur juge ; il ne précipite pas en enfer seulement, mais le ciel est ouvert et les anges y conduisent. Le cœur faible et pécheur appelle ici Rubens plutôt que Michel-Ange; il préfère le rédempteur qui pardonne au juge qui condamne. Notre misérable nature se décourage et s’effraye devant la justice inexorable; elle cherche à fuir ce regard qui pénètre, à se réfugier dans les miséricordes qui sauvent.

Cette école hollandaise qui possède à un si haut

LES MUSEES DE MUNICH. 5l

degré la science du clair obscur, de l’opposition des lumières et des ombres; qui joint l’élévation à un réalisme souvent trivial, a encore, à la Pinacothèque, une descente de croix, de Rembrandt, un Jésus crucifié, de Van Dyck, qui se détache de la toile, d’aimables Ostade, de réjouissants Téniers. Ce ne sont en ces dernières peintures que commères en colère ou en gaieté, en train de s’appliquer des soufflets ou de se livrer à des danses échevelées. Ces dames qui ont bonne langue, bon œil, bon poing, donnent du mal à leurs maris, les surveillent, les embrassent et les battent. Les bêtes aussi se mettent en liesse en ces joyeux tableaux et y plaisent mieux que les hommes. Les chats et les singes s’y donnent entre eux des concerts et des repas plus amusants que ceux du monde. Tout cela paraît un rien; tant c’est gai, naturel, exquis de couleur et de dessin.

L’école espagnole n’est point ausM .folâtre; elle est mystique et fervente avec Zurbaran, farouche avec l’Espagnolct, dont les moines se dévident tran quillement les entrailles. Elle est poétique avec le Saint François, de Murillo, naïve et fine hvec ses mendiants, ses bergers, ses pouilleux dont on ne se détache point.

Vernet, Lebrun, Rigaud; l’Agar, de Claude lorrain, le Christ au tombeau, de Nicolas Poussin y rendent à l’ér< le française un hommage expressif et empreint de noblesse.

Les sept grands peintres des sept écoles italiennes,

brillamment représentées à la Pinacothèque, y servent de modèles à l’étude et sollicitent l’ambition des élèves.

C’est un noble mouvement que celui des artistes dont le travail anime les galeries de peinture. On les retrouve chaque jour à l’ouvrage, appliqués et pensifs, occupés à saisir et à rendre la pensée des maîtres qu’ils copient, touchant et retouchant leur toile, l’examinant avec inquiétude, la contemplaut avec amour, apprenant souvent au passage d’un inhabile ou d’un frondeur que leur œuvre est manquée et qu’elle esta refaire.

Rien qu’à les voir studieux et absorbés, on plaindrait les oisifs; on sentirait vivement tout le prix du travail , de ce travail patient, consciencieux, souvent ingrat, qu’on juge d’un mot, qui a coûté tant de peine, qui a ses doutes et ses découragements, comme aussi ses récompenses et sa douceur; de ce travail qui sauve de l’ennui, qui donne au plaisir sa valeur et qui serait à lui seul le charme et l’intérêt de la vie.

Si l’ancienne Pinacothèque est consacrée à l’étude des écoles, la nouvelle s’ouvre magnifiquement aux œuvres contemporaines. Elle serait d'un bel aspect sans les fresques de Nilson étalées sur la façade. On les a suffisamment jugées, et il ne serait pas de nécessité impérieuse d’en dire son petit mot ; on éprouve pourtant le besoin de le dire, tant l’idée semble douteuse, la plaisanterie énorme. Si ce sont

vraiment là les artistes du roi Louis chassant l’hydre du mauvais goût, il faut croire que cette hydre grimaçante et crochue n’est point encore complètement détrônée. Le soleil éclaire ces puérilités et n’en recule point d’horreur; mais on le voudrait moins clair et moins brillant sur ce facétieux et monumental placard.

Après un coup d’œil donné aux peintures sur porcelaine qui occupent le rez-de-chaussée; après avoir envisagé les marbres, les stucs et les caissons dorés qui ornent le vestibule, on trouve au haut de l’escalier le roi Louis, portraité par Kaulbacli , dans une salle décorée d’une urne de malachite et de deux tables de porphyre.

La réputation un peu criarde des beaux sites de la Grèce peints par Rottmann attire tout d’abord les touristes qu’attend la baie de Salamine. Ces paysages qui apparaissent éclatants de lumière dans l’obscurité delà salle et qu’il faudrait voir de plus loin, ont de secrètes mélodies et de douces séductions, malgré l’exagération du vert, l’outrecuidance du bleu, réchauffement d’une palette embrasée. Mais c’est Athènes, c’est Sparte, c’est Eleusis, et on les aime mieux comme cela qu’autrement.

Quelque chose qui n’est ni trop vert ni trop bleu et qui n’a point de ces crudités violentes, c’est le tableau de {'Italie et de la Germanie par Overbeck. Son pinceau y est suave et d’une délicatesse extrême. C’est bien là le sentiment des deux pays; l’un

CX PEU PARTOUT

mélancolique et rêveur , l'autre ardent et passionné.

Les formes transparentes et diaphanes du mystique Overbeck ne sont pas celles du Déluge, de Schnorr; l’humanité n’y est guère consolante; les victimes que les eaux atteignent se cramponnent aux mauvaises passions de la terre et meurent en menaçant le ciel.

D’autres victimes, celles de la Jérusalem , de Kaulbach, ont la confiance et la résignation qui manquent à celles de Schnorr. Ces filles de Jérusalem sentent qu’il est une autre vie; elles l’attendent et regardent de l’ennemi qui envahit le temple au ciel qui les appelle. Le grand prêtre, lui, ne peut supporter l’invasion du saint lieu. L’éclat des trompettes romaines qui troublent le sanctuaire le pénètrent d’indignation; il veut mourir à l’autel et se perce la poitrine. Cette toile, d’un mouvement magnifique, est faite d’âme, de science et d’imagination.

Mais que les voyages ont des contrastes agréables ; et qu’il est bon, après l’art, de retrouver la nature.

On a quitté Munich étourdi de tableaux, bourré de fresques, les yeux pleins de statues et de basreliefs. Un peu de vert ferait du bien! C’est Salz,bourg qui nous le donne.

De vastes forêts de pins préludent, après Munich, aux montagnes élevées, aux gorges profondes. La voie s’entoure de collines; le pays se fait accidenté, les clochers et les maisons s’étagent sur les coteaux ,

8ALZBOURG.

les rochers se dressent, les torrents mugissent, Salzbourg apparaît, verdoyant et romantique, enveloppé de montagnes et de riantes prairies, dominé par les rochers qui portent sa forteresse et ses couvents.

Si l’on ne peut voir Naples, écrivait Humphrey Davy, il faut voir Salzhourg; mais le mieux serait encore d’aller à Salzhourg et puis à Naples; attendu que ces deux villes n’ont pas le moindre rapport entre elles. Naples, avec sa poésie chaude et ses lignes harmonieuses; avec son Vésuve, ses îles et son golfe brillant, ne peut faire songer aux églises de marbre, aux coupoles et aux maisons blanches cachées dans la verdure d’une ville de la haute Autriche, souvenir du moyen âge qu’enveloppe un repli des Alpes.

Salzhourg, resserrée par la montagne, a des rues étroites, une rivière froide et rapide, des remparts et des tours, de frais vallons, un riant paysage, des cloîtres, des cimetières, des églises et des sommets arides. Salzhourg a sa poésie à elle, pittoresque et romantique. Le pittoresque doit même y faire tort à la sécurité; les inondations n’y paraissent pas plus invraisemblables que les éboulements.

Avant d’être bavaroise, puis autrichienne, Salzbourg fut évêché indépendant et souvent tyrannique. La forteresse de ses évêques excommunicateurs, guerriers et architectes, à laquelle on parvient par toutes sortes de ponts, d’escaliers, de sentiers et de rampes accrochés à la montagne, s’élève sur un ro-

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cher, en face du Môncliberg, sur lequel courent les terrasses ombragées du couvent des capucins. A l’ombre de ce couvent, se dressent les hautes maisons du faubourg. Aux parois escarpées du Mônchbcrg, piquées de maisons qui y restent suspendues, s’appuie un manège taillé dans le roc, avec amphithéâtre, galeries et loges.

La forteresse du Schlossberg, qui sert à la fois de caserne et de prison, jouit de beaux points de vue sur la ville et la Salza. De l’autre côté se déroulent au loin les sommets neigeux des Alpes tyroliens .

La nature, à Salzbourg, occupe plus que la vil qui a pourtant une cathédrale de marbre poun. d’une demi-douzaine d orgues, une fontaine avec do> Atlas, des chevaux et un triton. Elle a même une statue animée, expressive, sculptée par Schwanthah : , empreinte du génie de la musique auquel elle rend hommage.

Mozart est né à Salzbourg, son souvenir est partout : sur la place de la Résidence, dans les égli.v s, dans les couvents, dans les salons,; dans les cliambrettes où l’on redit ses Requiems, où l’on pianote scs sonates. « La flûte enchantée » part même, de tem à autre, du carillon de la place, et cela fait incident en cette ville silencieuse qui a quelque chose de monastique.

Les préoccupations d’une entrevue célèbre et le mouvement de cours réconciliées ont troublé cette quiétude depuis quelques années. Ce paisible lieu a,

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