SALZBOURG
pendant trois jours, absorbé l’attention de l’Europe politique.
Ses habitants ont été fiers, et pendant longtemps, d’une merveille que les chemins de fer ont détrônée. Le tunnel du Neuthor, long de 1 20 mètres et percé dans le Schlossberg, devait étonner les âges futurs et porter au travers des siècles le nom de l’archevêque Sigismond; mais ce tunnel a beaucoup perdu de son prestige; le mont Genis lui fait grand tort.
Le cimetière de Saint-Pierre, appuyé au Schlossberg, n’a rien à redouter des inventions modernes. Le désordre de ses tombes dorées, de ses grilles artistiques, de ses porches, de ses passages souterrains, de ses chapelles creusées dans le roc, laissera longtemps encore sa poétique originalité à cet écho des temps héroïques du christianisme et de l’immolation de ses martyrs. Les arbres de la colline se penchent sur les crânes des trépassés amoncelés derrière des grilles. La montagne enveloppe de son ombre les ogives, les cryptes et les pierres sépulcrales. Là tout est sévère, mystérieux, romantique.
Les impressions qu’appelle le couvent de Moelk, sur la route gracieuse, fraîche et animée qui conduit de Salzbourg à Vienne, ne sont pas de même nature.
Point n’y est question de martyrs, non plus que de cellules creusées dans le roc pour abriter la croix du Christ. La vie monacale s’est faite avenante et commode en ce palais plus brillant que Schônbrunn, aussi grand que Versailles, solidement assis sur un
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promontoire de granit. Moelk projette dans les airs sa coupole étincelante; les croisées de sa façade, qui passent pour être aussi nombreuses que les jours de l’année, brillent au soleil couchant. Le couvent a des jardins ombreux; l'église a des statues énormes; le sanctuaire a des richesses dont l’œil a peine, diton, à soutenir l’éclat. Les arts, les sciences et les lettres ne sont point négligés dans ce couvent qui possède une bibliothèque monumentale, des tableaux et de nombreuses collections. La nature a fêté cette imposante demeure. Le Danube coule à ses pieds et baigne de ses flots tranquilles un riant paysage ; ses rives sont semées de hameaux ; de vieux châteaux ' s’élèvent sur les collines.
Ces bénédictins avaient le goût des beaux sites, et leur cœur n’était pas sans un petit coin de poésie. Leurs abbayes, toujours à la bonne place, témoignent d’un certain désir de s’élever de la terre en se rapprochant du ciel.
Un peu de confort ne gâtait rien à ce louable sentiment. La piété, l’étude et la contemplation ne portaient point préjudice à l’hygiène, et que voilà bien des moines réjouis et dodus qui veulent la règle, mais sans trop de rigueurs, la dévotion, mais sans trop d’extatisme; ils entendaient aller à matines, à vêpres et à confesse sans renoncer pour cela aux petites aises de la vie. On peut, n’est-ce pas, prier Dieu sans maigrir, lui rendre hommage sans se macérer? Un peu de réalisme capitonné, nutritif et ra-