CHAPITRE XIX
Kadi-Keuï
A quelques pas du tékié des Derviches, au sommet de la colline où la grande rue de Scutari vient finir, une immense forêt de cyprès enveloppe de ses ombrages des milliers de morts que la main de l’homme ne réveille point, dont l’outil du fossoyeur ne trouble jamais l'asile.
C’est le cimetière de Scutari.
Tous ceux qu’a recueillis cette terre privilégiée dorment à l’ombre d’un cyprès; chacun de ces ar bres au tronc noueux parle d’une page détachée du livre de la vie.
Une grande allée partage ce bois funèbre qui du Bosphore à la mer de Marmara suit les escarpements de la colline et les inégalités du terrain ; les sentiers se perdent à travers les pierres tombales de cette vaste nécropole. La vanité n’y perce pas sous la