‹ Un peu partout de Neuchatel au Bosphore James de ChambrierChapitre 40 sur 54 · EE PONT DE GALATA · texte numérisé non relu

EE PONT DE GALATA

ajoutent à ces oppositions d’attitudes et de physionomies.

Le golfe, que ce pont traverse, reflète dans ses eaux tranquilles le courant de ces vies humaines, la vague contrariée et pourtant harmonieuse de ces nations venues de pays si lointains, qui ont vécu sous des cieux différents et apportent là comme le fugitif écho de leurs mœurs, de leur misère et de leur gloire.

L’Europe, il n’en faut point reculer la confidence, fait tache en ce brillant pêle-mêle : Les Anglaises étriquées, les Françaises à chignon, les Italiens à pince-nez, les Allemands à chapeau noir, sont en ce tableau d’un effet parfaitement désagréable. Les Turcs de la Réforme, dont le vêtement n’a plus d’oriental que le fez rouge à gland bleu, qui portent redingote et gilet, bottes vernies, gants lilas et pantalon collant, ne plaisent pas davantage. Ce costume emprunté par Mahmoud aux mœurs occidentales enlève à la démarche ce que l’ampleur des vêtements lui donnait de magistral, ne laisse en relief que la lourdeur et la rotondité des tournures ottomanes.

Les chevaux qui portent ces imitateurs de Mahmoud et les sais qui les conduisent, aident un peu a revenir de cette désillusion. Ces sais à la noble prestance, à la tournure martiale, superbement vêtus, tiennent par la bride l’ardente et fine monture qui porte leurs maîtres impassibles et joufflus. Cette tendance des pachas à la rotondité agaçait Horace Vernet qui, en 1840, écrivait à sa femme :

UN l’KU PARTOUT.

« Tout est rond, tout est mou ; c’est le sérail de la pensée.... Il ne faudrait pas longtemps pour que mes idées prissent du ventre comme tous ces gros vilainsTurcs que je rencontre dans les rues. »

Mais si les modes européennes ont gâté les pachas, si les chapeaux de Paris nuisent à la couleur locale, l’Europe jette pourtant dans le concert de ces types primitifs, de ces couleurs originales, la note suave du dévouement et de la charité avec les Sœurs de Saint- Vincent-de-Paul et les diaconesses protestantes de l’hôpital allemand. Ces femmes au costume sombre, aux traits compatissants, les Turcs les aiment et les respectent. Ils comprennent ce qu'il y a de grandeur dans l’abnégation d’une vie qui affronte volontairement tout ce que l’homme redoute; ils leur pardonnent de se montrer à visage découvert, parce qu’ils savent que cette liberté de la femme chrétienne qui étonne leurs croyances et scandalise leur foi, ces Sœurs n’en profitent que pour guérir et consoler.

Les Zaptiés , ou gendarmes de l intérieur, aussi brillants que les sais, traversent le pont au pas pressé de leurs chevaux. Leur uniforme est un costume qui tourne au fantastique; leurs vêtements sont de couleurs bruyantes et couverts de broderies; leur éclatante ceinture est un arsenal d’armes de toutes grandeurs et de toutes formes.

Aucun contact avec l’Europe n’a dépouillé les Osmanlis de vieille souche de leur ample turban, de |eur veste aux manches pendantes, de leur caftan

Page 1