‹ Un peu partout de Neuchatel au Bosphore James de ChambrierChapitre 41 sur 54 · LE PONT DE GALATA · texte numérisé non relu

LE PONT DE GALATA

jaune ou cannelle. Puis voici desTartares,desKurdes, des Persans, des Tscherkesses , des Tunisiens, des Lévantins de toutes les échelles, que nos usages ont laissés intacts, que l’uniformité de la civilisation n’a pas atteints.

Voici des Bulgares avec leur sayon de toile grossière et leur bonnet de fourrure. Voilà des Circassiens toujours prêts, dit-on, à vendre leui’S femmes et leurs filles. Leur longue poitrine est tuyautée d’une double rangée de cartouchières d’argent lamées d’or et semées de turquoises. Une ceinture de métal serre leur tunique noire revêtue d’une bande d’or; leur sabre recourbé est suspendu par un cordon de soie au-dessus de l’épaule droite. Sur leurs cheveux plats se dresse eu pyramide conique le bonnet d’ Astrakan.

Les Nubiens, les Syriens, les Abyssiniens n’ont pas déposé leur couverture jaunâtre rayée de lai’ges bandes de diverses couleurs.

Les paysans du Liban ont gardé leur turban surmonté d’une sorte de bonnet pointu en feutre blanc dans le milieu. Le turban des émirs est toujours entièrement vert; le privilège de cette couleur qui est celle de Mahomet, leur est maintenue en raison de leur descendance directe du prophète.

Les pèlerins qui reviennent de la Mecque ont aussi le turban vert et le portent avec orgueil en mémoire du saint-voyage.

Les Arabes du désert portent encore le mouchoir bariolé retenu sur la tête par un double cordon

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brun en poil de chameau; ce foulard, le plus souvent vert et rouge avec franges de soie aux deux bouts, retombe sur les épaules et sur la nuque. Leur manteau blanc, ra\é de brun, se compose de deux couvertures carrées appliquées l’une contre l’autre et munies de trous pour la tète et les bras; ils ont les jambes entourées de linges retenus par des cordelettes comme dans l’antiquité, leur démarche est grave quoiqu’un peu pressée; leur voix est rauque, leur accent guttural; leur parler rude et saccadé. Ces Bédouins ont la taille maigre, les membres souples et nerveux, les dents longues et éclatantes, le front pointu et fuyant; leurs yeux d’où jaillissent des étincelles font songer aux bêtes fauves de leur

De tous les types que ces terres du soleil ont jetés sur le pont de Galata, celui des Marocains absorbe l’attention. Les descendants de cette race mauresque qui a illustré Cordoue et régné sur Grenade, ont dans leur démarche et dans leur expression quelque chose de fier, d’aisé, de particulièrement noble; ils portent l’ample burnous, le turban élevé, la culotte bouffante et d’élégantes pantoufles de cuir ouvragé.

Les femmes de Trébi-tonde drapées de laine brune, le visage caché sous un masque de soie noire, contrastent en leur sombre appareil avec les groupes de femmes turques vêtues de couleurs gaies, comme aussi avec quelques femmes grecques et arméniennes

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