LE PONT DE GA LATA
de l’Asie Mineure qui portent le large pantalon, la veste brodée et le fez, rouge entouré d’un foulard. Ces dernières laissent retomber leurs cheveux sur leurs épaules en tresses ornées de pièces d’or et d'argent.
Quant aux vieilles négresses qui tendent de dessous leur couverture à grands carreaux une main calleuse et décharnée, il est bon de ne les regarder quetrès-en passantetdene pas cherchera entrevoir ce que dissimule heureusement le suaire qui enveloppe leurs formes gigantesques. Ce qu’on aperçoit de ces momies semble plus que suffisant.
De jeunes Ethiopiennes avec mouchoir jaune roulé autour de leurs cheveux tressés, au nez écrasé, aux lèvres épaisses, ont la peau d’un noir qui tourne au bleu; leur expression est mélancolique, leur regard doux et profond; quelques bracelets Je verroterie brillent à leurs jambes et à leurs bras.
Mais il vaut mieux encore regarder, quoique ce qu’on en voit ne soit pas très-complet, aux dames du vieux sérail ou à l’impérial cortège de la mère du Sultan, qu’il nous advint de croiser uu matin sur le pont de Galata.
Si la sultane Validé, que nous ne vîmes que cette fois-là, ne se promène qu’en un tel appareil, ses sorties ne doivent pas laisser que d’être entourées de sérieuses complications.
Le flot de ses voitures de formes bizarres, attelées
Je chevaux rie prix, couvrait une partie du pont; il y en avait de tous les roses, de tous les lilas, sans parler des garnitures intérieures avec franges d’or, boutons de cristal, draperies de satin bleu et portières de velours blanc. Les papillons et les oiseaux se lutinaient sur les portières et sur les caisses semées de bouquets, revêtues de toutes les nuances tendres. Tout cela défilait très-lentement, sous la conduite de coureurs à pied, d’officiers à cheval, d’ennuques noirs et de sais abyssins, entre deux haies d’une foule contemplative et silencieuse.
Le bon temps n’est plus auquel la police interdidisait à coups de sabre et de courbnche la circulation publique sur le passage des dames du harem et des princesses de la famille impériale; il fallait dès qu’elles étaient en vue, fermer les magasins, rentrer précipitamment chez soi, tenir sa maison close. Du reste les giaours peuvent aujourd’hui fusiller du regard ces belles invisibles sans que l’ombre sacrée de Mahomet en tressaille d’indignation; car on ne peut démêler sous l’amas des gazes légères et des voiles lamés d’or quoi que ce soit de la personne des oda lisques et des sultanes. La mère d’Abdul-Azis enveloppée de mousselines diaphanes qui amortissaient l’éclat de ses diamants, dissimulait encore l’ovale de son visage derrière un éventail de plumes blanches constellé de pierreries. Sa voiture attelée de quatre chevaux blancs aux harnais de velours bleu ornementés d’argent était sous la garde des eunuques.