MAHMOUD II
d’un caractère sacré ; redoutables par leur courage et leur esprit de corps, ces prétoriens de Constantinople, fauteurs de toutes les révoltes, propagateurs de tous les troubles, se préoccupaient moins de défendre la Turquie que de l’agiter pour en rester les maîtres.
Mahmoud II résolut de s’affranchir du périlleux appui d’une soldatesque que les efforts de Selim III n’avaient pu transformer en armée régulière, et dont le fanatisme des Oulémas , interprètes du Coran, consacraient l’omnipotence. Selim III avait payé de sa couronne et de la vie de ses amis sa tentative contre les janissaires. Sa captivité leur répondit de son obéissance.
Appelé par la déposition de Mustapha II, usurpateur du trône de Selim III, puis par la mort violente de ce dernier, à ceindre le sabre d'Othman, Mahmoud sortit de la prison dorée où il avait rêvé d’études, de gloire et de civilisation. Cette prison avait refoulé son activité sans déprimer son énergie; son avènement donna bientôt à connaître ce que son âme passionnée contenait d’ardeur et de secrètes révoltes.
Il avait entrevu le trône et la liberté au travers du drame de la mort de Selim III, son oncle et son ami ; de Selim que Baraïktar, pacha de Rutschuck, appelait à la couronne au prix de la déchéance de Mustapha qui l’avait enfermé.
Enveloppé dans le sérail par les troupes de Baraï-
ktar, Mustapha fait annoncer qu’il résigue le pouvoir , que Selim va répondre à leur appel et recevoir leurs serments.
Le sérail ouvre ses portes, Baraïktar s’avance, se heurte à un cadavre, celui de son maître que les muets venaient d’étrangler par ordre de Mustapha.
Selim surpris en prière par ses bourreaux leur disputa sa vie. Mahmoud qui avait fui le tumulte des cours et des jardins ne perdit rien de cette lutte. Roulé par un esclave fidèle dans un tas de tapis et de nattes, il comprit, frémissant de douleur, que cette agonie l’appelait à régner.
Conduit devant Baraïktar qui se jeta à ses pieds ; acclamé par la foule qui l’avait cru un instant étranglé en même temps que Selim, Mahmoud ne songea qu’à venger son ami et couvrit de têtes coupées les créneaux du sérail.
Cette exposition traditionnelle consacra son premier jour de règne.
L’amour public pour le nouveau sultan se fortifia de ces rigueurs et de la tendre affection qui avait uni Mahmoud et Selim III dans leur captivité.
Baraïktar, grand visir de Mahmoud II, aida secrètement son nouveau maître à préparer la soumission des janissaires que son expérience et ses souvenirs lui désignaient comme un péril. L’insurrection de cette milice, l’incendie d’une partie de Stamboul et le meurtre de Baraïktar brûlé dans son palais répon-