‹ Un peu partout de Neuchatel au Bosphore James de ChambrierChapitre 48 sur 54 · LE TOUR DES MURS · texte numérisé non relu

LE TOUR DES MURS

Du ehàteau des Sept-Tours, à la colline d’Eyoub, un chemin solitaire court par monts et par vaux entre les tombes d’un cimetière et les murailles élevées par Constantin, larges comme une terrasse, hautes à plusieurs endroits de cinquante à soixante pieds. Une végétation luxuriante s’échappe des créneaux byzantins, les fissures de la maçonnerie turque livrent passage à des flots de lierre et de vigne vierge , les figuiers s’élancent des brèches ; un fouillis de plantes et de lianes jaillit des fossés, unit les échancrures, s’entrelace au-dessus des portes empourprées par le soleil.

Ces remparts glorieux que tant d’assauts ont éprouvés, dissimulent leur délabrement sous la verdure profonde de leurs plantes pariétaires, sous le léger feuillage d’arbustes remplis de nids d’oiseaux.

En face de ces tours, de ces créneaux, de ces verdures étagées, au-dessus desquelles apparaissent ici et là la pointe d’un minaret et les branchages d’un sycomore, des légions de morts dorment sous les platanes jusqu’à la plaine où campa Mahomet. Des sentiers ombreux courent dans le gazon entre les pierres tombales, autour du cimetière arménien de Balouklou, où frétillent dans une cuve, sous la voûte souterraine d’une chapelle byzantine, des poissons moitié rouges et moitié bruns, à cause de quelque chose comme une friture par laquelle leurs ancêtres auraient miraculeusement passé sans dommage.

Plus loin est Top-Kapou.

ON PEU PARTOUT

C’est là qu’est tombé, sous le choc des hordes musulmanes, Constantin Dracosès, le dernier des empereurs grecs.

Des campements de familles arméniennes font suite à ce bois funèbre. Puis on laisse à droite la plaine que sillonnent au loin les routes commerciales et militaires qui approvisionnaient et protégeaient Byzance, pour rentrer dans la ville par la porte d’Eyoub ; pour ne rencontrer dans la boue noire et huileuse des rues de Galata que des masures effondrées, des chiens hideux et les visages malsains d’une population juive sordide d’avarice, d’usure et aussi de pauvreté.

Au sortir de ce repaire de toutes les dégradations du physique et du moral de l’homme, d’où semblent monter des miasmes pestilentiels, apparaissent de hautes et solides maisons, à l’aspect sombre et sévère, aux grandes fenêtres, aux fortes grilles, aux balcons de pierre. Plusieurs de ces maisons ont l’air de forteresses.

Ce sont les anciens palais des princes grecs du Phanar, des descendants de Comnène, des Cantacuzène et des Paléologue.

Relégués au Phanar par l’invasion mahométane de 1453, les grandes batailles de l’empire grec aidèrent bientôt de leurs richesses et de leur expérience les successeurs de Mahomet II. Associés à l'administration de l’empire, aux conseils du divan, aux intrigues du sérail, ces anciens maîtres de By-

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