‹ Un peu partout de Neuchatel au Bosphore James de ChambrierChapitre 49 sur 54 · LE PII AN AB · texte numérisé non relu

LE PII AN AB

zance, héritiers de sa foi, continuent aujourd'hui, au cœur de la ville turque, les traditions de leurs ancêtres ; mais leur pouvoir n’est plus le même, le canon de Navarin a tué leur influence.

Longtemps diplomates au service de la Porte, gouverneurs des provinces tributaires de la Turquie, ministres et hommes d’Etat, interprètes et secrétaires des sultans, les princes du Phanar ont souvent représenté sur les bords du Danube l’absolutisme du sérail. La Moldo-Valachie leur doit quelques hospodars cruels, cupides et astucieux; leurs exactions firent trop oublier l’atticisme et les lumières de quelques-uns de leurs prédécesseurs.

Le Phanar a été comme la métropole de la nationalité roumaine ; mais le nom de plusieurs de ceux qu’il envoya dans ces provinces n’y éveille qu’un sombre écho de pillage et de confiscations. Leur administration devait donner aux Turcs soumis à leur violence une singulière idée de la civilisation phanariole et de la morale chrétienne.

Comme nous quittions le Phanar sous une pluie diluvienne, trop prompte à chasser la radieuse lumière qui venait d’éclairer les remparts de Stamboul, une voilure basse et légère, attelée de deux chevaux emportés, précédée et suivie de coureurs lancés à toute vitesse à travers les ruelles tortueuses, passa comme une trombe, sans souci des piétons, des portefaix et des cavaliers qui encombraient le passage.

Cette trombe, c’était le Sultan.

11 paraît que Sa Hautesse était pressée, car le regard des sais noirs qui lui servaient d’éclaireurs enveloppa notre étonnement et notre évolution d’une bienveillance douteuse.

Acculés contre la muraille, bloqués sur nos bêtes, sous les flots de pluie que les cheneaux des toits nous versaient sur la tète, il ne nous resta qu’à nous préparer à un fort coup de brosse et à grogner en dedans.

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