CHAPITRE XXV
Le Départ.
Mais l’heure avance, il s’est fait tard; il faut quitter le sérail et bientôt Constantinople.
Il faut embrasser de la pensée et du regard l’enceinte de ces rivages qu’on ne reverra plus et dont une amitié vraie a charmé le séjour. Il faut enfin fuir ces lieux où l’histoire est un roman, le ciel une lumière, la mer une harmonie.
La douane traversa les apprêts du départ, troubla de sa note taquine nos dernières impressions, se chargea d’offrir un dérivatif à la mélancolie de nos adieux.
Il y eut à passer entre les mains des douaniers ottomans deux heures de fiévreuses impatiences et de réflexions intimes imposées a*ec une solennité qui avertissait de ne pas se dépenser en révoltes inutiles.
Oo s’était dévalé, après avoir pris congé de l’hôtel des Colonies, de Péra à Top-Hané, au travers des chiens, à la suite des hammals et par-dessus les fondrières. On s’était débarrassé tant bien que mal du papier monnaie de Stamboul, qui, dès qu’on a pris la mer, n’est plus qu’un vain chiffon. On avait entassé dans une barque, sous le regard distrait des préposés de la douane, couvertures sacs et colis.
Mais au moment de quitter le bord, un de ces messieurs se détachant de la bande et s’installant dans le bateau le fit conduire d’un signe courtois et endormi à la douane de Galata.
Jequier repassait en son âme cette inquiétante déviation loin du vapeur vers lequel se dirigeait déjà une flottille de caïques et de barques. Il descendit dans sa conscience, la trouva tranquille et ne s’expliqua que par une formalité quelconque ce contrariant circuit.
On débarque.
Un essaim d’agents se précipite, tire les malles, réclame les clefs, se livre sur le quai à quelque chose comme un pillage organisé et sagement conduit. Ils mettent tout sens dessus dessous, farfouillent dans tous les coins, anéantissent en deux minutes la patiente organisation qui avait pris plusieurs jours, tous les petits arrangements dont on s’était félicité. Armes, châles, brule-parfums, tapis, pipes et cassolettes sont mis en tas par ces muets de la Sublime- Porte avec une urbanité silencieuse et parfaitement