CHAPITRE II
de nouveauté, qualitez qui luy sont et seront tousjours naturelles ! ».
Ainsi, la doctrine politique de Bodin sera faite d’une moyenne entre deux tendances opposées, et également certaines à ses yeux : l'autorité royale, encore indiscutable, et l'équité sociale, déjà discernée. C’est sa « monarchie royale ou légitime? ». Elle réalise un gouvernement fort et non arbitraire. Elle place le monarque au-dessus des sujets, qui possèdent « la liberté naturelle et la propriété des biens 3», mais elle le soumet à la justice. « Si... les sugets obéissent aux loix du Roy et le Roy aux loix de nature, .… ils’en ensuyvra une amitié mutuelle du Roy envers les sugets.…, (une) douce harmonie des uns avec les autres“. »
C'est l'ensemble de cette conception que Crucé fait siènne ; c'est toute cêtte hiérarchie rationnelle qu'il adopte et qu'il expose. Le monarque, écrit-il, « ne peut estre asseuré entre ses subjects, s’il ne gaigne leur affection par un gouvernement réglé selon les loix de la raison naturelle, à laquelle tout homme sans exception doit obéissance. Et ceste submission ne déroge point à la souveraineté... Chacun peut gaigner aisément une telle Monarchie, mais les Princes en doibvent estre d’autant plus soigneux qu'ils ont une puissance absoluë....ÿ »
Pour s'être aussi parfaitement assimilé une doctrine aussi pénétrante, Crucé ne mérite-t-il pas que soit repris à son profit l'éloge très justifié que M. Baudrillart adresse à Bodin : « C’est son honneur d’avoir mis le droit philosophique au-dessus du droit conventionnel, le droit social au-dessus du droit politique, enfin, ce qui est vrai en soi au-dessus de ce qui ne l’est que relativementé ».
(2) La République, 1. II. (3) La République, 1. Il, ch. m1, p. 205.
(4) La République, 1. I, ch. 11, p. 205.
(5) Le N. C., p. 86-87. 4 (6) J.-Bodin el son lemps, op. eit., p. 289.
IV. — La seconde moitié de la République exerce sur Crucé une influence moins essentielle, mais beaucoup plus continue. Ses trois derniers livres constituent, si l'on en excepte les chapitres v et vi du livre V, un vaste code de politique intérieure. Ces deux chapitres, au contraire, perdus au milieu des autres, traitent de la politique extérieure. Considérons-les, tout d’abord, et voyons si, dans ce domaine, Bodin a formé Crucé
Aux veux de Bodin, la guerre est certainement un mal terrible{, mais c’est un mal qui porte en soi un double bien.
D'abord, la guerre étrangère empêche la guerre civile : « Le plus beau moyen de conserver un estat et le garentir de rébellions, séditions et guerres civiles et d’entretenir les sugets en bonne amitié est d’avoir un ennemi auquel on puisse faire teste?. » Sans doute, reconnaît Crucé, « les querelleux ont une grande disposition à mal faire : ils ne demandent que la guerre, et lors qu’ils n’ont point d’ennemis publics, ils en font de particuliers* ». Mais « le monde, observe-t-il, n’est pas fait pour telles gens... qui ne peuvent sentir que la poudre à canon, ny mettre la main que sur le pommeau de leur espée, ny le pied que sur un champs de battaille ou une bresche.., La cour-des Roys n’est pas leur vray séjour. Il les faut tous envoyer aux Cannibales et Sauvages, qui n’ont rien de l’homme que la figure. Maudit naturel qui cherche le repos dans l'inquiétude, l'honneur en l’infamie, et le passe-temps en l'inhumanité‘! » À
En second lieu, explique Bodin, la guerre débarrasse de toute une populace redoutable : « Encores y a il un autre point bien considérable pour montrer qu'il faut. faire la guerre. C’est qu'il y a tousjours eu et n’y aura jamais faute de larrons, meurtriers, faitnéants, vagabonds, mutins, volleurs.. et n’y a loix
(1) La République, 1. V, ch. v, p.582. — Cf. Le N.C.. p- 223. (2) La République, 1. V, ch. v, p. 586. (SI LeRNS GC pAurS-riee COPLENAC pos