‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 29 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

V. — Cette parenthèse, réservée à la politique extérieure, étant refermée, Bodin consacre l’ensemble de ses livres IV, V et VI à poser les méthodes de politique intérieure, qui découlent logiquement de l’organisation interne qu’il a faite de sa « république ». Avec une logique non moins parfaite, Crucé va accepter les déductions issues du principe qu'il a déjà accueilli. Bodin — et Crucé procèdera de même ! — ne présente pas une doctrine générale ; il indique successivement une série de procédés qui lui paraissent recommandables au point de vue social ou au point de vue économique. À mesure qu'on suit cètte énumération, l'influence de Bodin sur Crucé devient plus évidente et surtout plus littérale. Il semble qu'en avançant dans son œuvre, Crucé éprouve moins d'enthousiasme et ressente plus de fatigue ; il se soumet de plus en plus volontiers à l'opinion d’un autre, sur des sujets qui, d'ailleurs, lui tiennent moindrement à cœur.

Le but poursuivi est une situation intérieure équitable et pondérée. Les moyens conseillés pour y atteindre sont d’une ampleur et d’une précision variables.

Il yen a de généraux. Par exemple, Bodin estime que le Prince doit vivre rapproché de ses sujets: « Quand les princes ne font rien que par officiers. il semble aux sugets qu'ils les dédaignent et mesprisent. Et si les sugets sont veus, ouys et entendus de leur Roy, il est incroyable combien ils sont ravis d’aise et de plaisir ?. » Crucé trouve cette remarque pleine d’une heureuse psychologie, et, à plusieurs reprises, il adresse ce conseil aux souverains, non sans l’entourer d’une flatterie qui sache en préparer l'accueil : « Les plus excellentes choses sont communicatives. Le Soleil jette ses rayons esgallement sur l'or et la fange. Les eaux coulent en public. Dieu conserve les

. moindres animaux en leur estre. Pourquoy donc un Roy se

(2) La République, 1. IW; ch. vr, p. 446-447.

cachera-il de son peuple ? Pourquoy ne se rendra-il communicable à ses subjets, afin de recevoir leurs requestes de leur main, ouyr leurs doléances de leur bouche, qui sont ordinairement supprimées ou desguisées par la connivence de ses familiers et domestiques, qui ne songent qu'à se mettre à leur ayse, et ne font non plus d’estat d’un paysan ou bourgeois que d’une pauvre beste 1 ». D'autres, parmi ces moyens, sont tout spéciaux. C’est ainsi que l'influence de la musique semble également heureuse à -Bodin et à Crucé ; et c'est sur la foi du même témoignage qu'ils l'affirment: « Nous en avons, nous confie Bodin, un exemple mémorable dans la République des Cynethenses, en Arcadie, laquelle ayant laissé le plaisir de la musique, bientost après tomba en séditions et guerres civiles, auxquelles il ne fut oublié aucune sorte de cruauté... ? ». Crucé s’empresse de répéter : « .... Tesmoing ce peuple d’Arcadie, qui devint farouche et cruel, pour avoir quitté la musique, en laqueile, selon la coustume du pays, un chacun estoit tenu de s'exercer jusques à l’aage de trente ans. » Cependant, tandis que Bodin condamne le théâtre, Crucé en fait l'éloge en des pages d’une philosophie charmante, et malgré que « plusieurs réprouvent les comédiesf ».

VI. — Enfin, la République nous expose tout une série de faits, dans un esprit et dans un ordre qui seront exactement ceux de Crucé : critique de la vénalité des charges, réglementation des « loyers » et des peines, introduction de la censure, modification du système financier et monétaire.

Les deux premières questions sont liées l’une à l’autre, chez Crucé, comme chez Bodin ; mais volontiers celui-ci néglige la

(Gi) Le N. C., p. 161-162. — V. aussi, p. 132. (2) La République, 1. IV,.ch. 11, p. 411-412. (S)ÉLEENACS pA1070,

(4) La République, 1. VI, ch. 1, p. 650.

(5) Le N. C., p. 177 et suiv.

(C)Le NN CE pr.

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