‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 30 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

peine, tandis que celui-là s’en occupe davantage. Les charges doivent être données aux meilleurs et aux plus compétents. « Mais, il est impossible, déclare Bodin, de voir jamais la distribution des peines et loyers, tant que les Princes mettront en vente les estats, offices et bénéfices : qui est la plus dangereuse et pernicieuse peste qui soit ès République ! ». « L'Empereur Sévère… faisoit publier par affiches le nom de celuy qu’il vouloit pourvoir de quelque gouvernement, permettant à chacun de l’accuser, sous peine toutefois de la vie au calomniateur? ». Et Crucé reprend : « Aujourd'huy... la vénalité des offices est par tout introduicte.. (On n’a que) subject de vendre les estats.…, permettre le trafic des gouvernemens tant spirituels que temporels, des offices de judicature, qui est la source de tous désordres. L'Empereur Sévère estoit si cérémonieux quil déclaroit par affiches publics les noms de ceux qu’il vouloit honorer de quelque commission ou gouvernement et exhortoit le peuple à les accuser

si d'aventure ils se trouvoient reprehensibles, à condition toutes fois que le calomniateur seroit puni de mort* ». Et, faisant une allusion certaine à Bodin, Crucé ajoute : « Je ne mettray point en avant ceste question, s’il faut que les estats soient perpétuels ou non. Elle a esté debattuë avec des raisons d’une part et d'autre, auxquelles je suis indifferent, pourveu qu'on donne les dignitez aux hommes vertueux # ».

Bodin conclut sur cette matière en déclarant qu'il faut faire « l'examen de la vie et des meurs de ceux qui aspirent aux estats, (et), selon le mérite d’un chacun, et par proportion harmonique, bailler la bource aux plus loyaux, les armes aux plus vaillans, la justice aux plus droicts, la censure aux plus entiers, le travail aux plus forts, le gouvernail aux plus sages, la prelature aux plus

{1) La République, 1. V, ch. 1v, p.572.

(2) La République, 1, V, ch. 1v, p. 578.

(4W LeN 6, pe 134:

dévots1 ». Crucé affirme à son tour, en réclamant deux qualités dé ceux auxquels Bodin n’en demandait qu'une : « Quand donc on aura examiné les meurs d’un chacun, on le pourvoiera selon sa capacité. S'il est vaillant et fort, on luy baillera les gouvernemens et charges militaires : s’il est prudent et politique, on le fera conseiller d’estat : s’il est entier et incorruptible, on le fera juge ; on luy baillera le maniement des finances, s’il est exempt d’avarice ; les dignitez Ecclésiastiques, s’il est-pieux et dévot 2 ».

VII. — Bodin propose alors l'établissement d’une censure, qui devra servir « soit pour le nombre et qualité des personnes, soit pour l'estimation et déclaration des biens d’un chacun, soit pour régler et morigérer les sugets *». Crucé, qui est non moins partisan de la censure, distingue aussi en elle ses deux grandes utilités: « Sa charge consiste à faire le dénombrement, et à réformer les mœurs ». Bodin consacre tout un chapitre à exposer sa mise en œuvre”; Crucé, avec plus de brièveté, insiste surtout, nous le verrons, sur la partie la plus noble de sa mission: la « réformation 6 ».

VIII. — Bodin en arrive, après cela, à la question financière et il devient plus prolixe encore ?.

(1) La République, 1. V, ch. IV MD 1070

CLENAC EE pDr87.

(3) La République, 1. VI, ch. 1, p. pe

(4) Le N. C.,-p. r8r.

(5) La Répoblique, JVC

(6) Le-N. C., p. 181 et suiv.

(71 La République, 1. VI, ch. 11. D'une façon générale, Bodin- s'occupe peu des questions économiques, sauf dans ce chapitre 11, où il en traite avec une certaine obscurité. On pourrait relever plusieurs sujets sur lesquels Crucé se trouve d'accord avec lui. Tous deux, par exemple, admettent le prêt à intérêt (Républiq. 1. VI, ch. 11, p. 680 et suiv. — Le N. C. p. 173). Tous deux encore estiment que « traffique ne déroge pas » (Républiq. 1. VI, ch. 11, p. 668 — Le N.C., p. 29), etc... Mais, dans tout ce domaine, ce sont les faits, beaucoup ne que les He qui ont instruit et guidé Crucé. (V. supra, p. 32 et suiv.).

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