CHAPITRE Il
En matière d'impôts, il est partisan des tailles réelles : « Les anciens avoient sagement ordonné... que les charges seroient réelles et non personnelles: comme il s’est fait au païs de Languedoc: et depuis quelques années aussi en Provence. ! » ; sinon, c'est, en fait, le pauvre qui supporte tout?, tandis qu'il convient « qu'un chacun apporte par déclaration les biens et revenus qu'il a ». C'est l'impôt foncier, mais déjà en tant qu'il est proportionnel au revenu réel. Crucé, par les mêmes raisonnements, arrive aux mêmes conclusions : « .… On ne se contente pas de taxer les pauvres autant que les riches, le plus souvent ceux-cy ne payent rien et ceux-là supportent tout le faix. Pour à quoy remédier les tailles devroient estre par tout réelles, comme elles sont en Provence et Languedoc, où mixtes ainsi qu’elles estoient en la ville de Rome, où chacun payoit l’impost selon ses moyens, lesquels il bailloit par déclaration * ».
Bodin veut aussi qu’on impose les objets de luxe : « Si on demande les moyens de lever imposts qui soient à l'honneur de Dieu, au profit de la République, au souhait des gens de bien, au soulagement des pauvres, c’est de les mettre sur les choses qui ne servent sinon à gaster et corrompre les sugets: comme sont toutes les friandises et toutes les sortes d’affiquets, perfuns, draps d’or et d’argent, soyes, crespes, canetilles *... » Crucé moins verbeux, mais non moins catégorique, veut aussi qu'on impose «les delicatesses, friandises et superfluitez® ».
IX. — Enfin, Bodin traite des monnaies. La discussion devient
(1) La République, I. VI, ch. n, p. 677. — V. sur l’origine de ces idées, Nys, Recherches sur l’hist. de l'Éc. politiq., p. 197-212.
(2) Loc. cil.
(3) La République, 1. VI, ch. 1, p. 644.
Le NC.) p.1169:
(5) La République, !. VI, ch. 11, p. 678.
(OL NS Cp: 172,
plus minutieuse, puisqu'un contradicteur s’est présenté en la personne de Malestroict!.
La valeur des monnaies, d’après Bodin, doit être arrêtée et demeurer immuable, « d'autant qu'il n’y a rien qui plus travaille le pauvre peuple que de falsifier les monnoyes ou varier le cours d’icelles.. Mais il ne suffist pas de faire telles protestations, si la loy et le poids des monnoyes n’est réglé comme il faut... Or, le fondement. des écharcetez et foiblages des monnoyes ne vient que de la meslange qu’on fait des métaux? ». Tout ceci semble entièrement rationnel à Crucé : « … Il est besoin-de régler le prix, le poids et la loy (de la monnaie) avec résolution de ne rien innover en ces choses, pour quelque prétexte que ce soit : car, s'il y a de l'incertitude au cours ou en la qualité de la monnoye.…., personne ne sera jamais asseuré de ce qu’il aura. Or, en cecy.. tout ce mal vient du meslange de ces 3 métaux, or, argent et cuivre... » Il faut proscrire les alliages et avoir des monnaies faites d’un seul métal, ou, tout au moins, composées d’un alliage raisonnablet. Il faut encore bannir le billon”, concentrer la fabrication de la monnaie en un lieu unique‘, en réaliser l’unification entre tous les pays 7.
Et nous arrivons à la longue controverse concernant le « rehaussement » des monnaies.
La surabondance des métaux précieux, venus d'Amérique et du Pérou, avait produit à la fin du xvi° siècle une véritable révolution monétaire, qui avait eu elle-même pour conséquence une “hausse exorbitante des prix$. Durant de longues années, cette
(1) V. sur les premières théories concernant la monnaie, Nys, Recherches sur l’hist. de l'Ec. poliliq., p. 175-106.
(2) La République. 1. VI, ch. m1, p. 696. V. aussi, p. 702 (variations historiq.).
(3) Le N. C., p. 195. — V. aussi, p. 208 (variations historiq.).
(4) La République, 1. VI, ch. int, p. 696-698 — Le N.C., p. 206-207.
(5) La République, 1. VI, ch. ur, p. 703 — Le N. C., p. 206.
(6) La République, 1. VI, ch.in, p. 708 — Le N. C., p. 217.
(7) La République, 1. VI, ch. m1, p. 706-707 — Le N. C., p. 210.
(8) V. supra, p. 34. :