‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 32 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

situation devait constituer pour les économistes un passionnant sujet d’études, dont les conclusions étaient les plus diverses1.

En 1566, Malestroict publie, comme nous l'avons vu?, deux paradoxes « sur le faict des monnoyes », à savoir, 1° « que l’on se plainct à tort en France de l’enchérissement de toutes choses, attendu que rien n’y est enchery depuis trois cens ans », et 2° « qu'il y a beaucoup à perdre sur un escu, ou autre monnoye d’or et d'argent, encores qu’on la mette pour mesme prix qu’on la reçoit ».

Ces deux affirmations se ramènent à un seul principe, d’inspiration toute mercantiliste : La monnaie est une mesure représentative immuable, à l'abri des fluctuations du marché ; et ainsi, l'or et l'argent qui la composent demeurent perpétuellement «les vrais et justes juges du bon marché ou de la cherté des choses $ ». :

Par conséquent, ce qui a changé, c’est la valeur reconnue, en fait, aux monnaies (2° paradoxe) : « Du temps du Roy Philippes de Valoys, qui commença à régner en l’an mil trois cens vingt huict, l’escu d’or aux fleurs de lis sans nombre, aussi bon, voire meilleur en poids et aloy que les escuz soleil de maintenant, ne valoit que vingt sols tournois... Et viendrons au Roy Jean, successeur dudict Philippes, qui commença à régner en lan mil trois cens cinquante, et fist forger les premiers francs à pied et à cheval d’or fin, lesquels ne valoyent lors que vingt sols tournois, et maintenant se mettent pour soixante sols, qui est le triple # ».

Ce qui, au contraire, n’a pas changé, c’est la quantité effective

(1) En 1578, on retrouve un Paradoxe sur le faict des monnoyes par François Garrault, sieur des Gorges, conseiller du Roy et général en sa cour des monnoyes. — À Paris, chez Jacques du Puys.

(2) V. supra, p. 53. — Crucé a pn s'inspirer aussi, quoique la chose soit moins certaine, du livre publié en 1620 par Scipon de Gramont, Le denier roial, Traiclé curieux de l'or et de l'argent. L'auteur y réfute lui-même Malestroict à l’aide de Bodin, V. Dubois, op. cil.. p. 185.

(3) Baudrillart, J. Bodin et son lemps, p. 169.

(4) Paradoxes... non paginé.

d'or fin qu’il faut donner pour acheter une même marchandise ; en sorte qu'il ny a pas, en réalité, enchérissement, ou si l’on veut, que l’enchérissement n’est qu'apparent et non réel (1° paradoxe): « Si en ce temps-là, le muy de vin moyennement bon valoit quatre livres, pour payer ces quatre livres faloit bailler quatre desdicts francs d’or (soit autant de fois vingt sols)... Si maintenant nous achettons ledict muy de vin douze livres... ne faut que pareil nombre de quatre francs d’or à ladicte raison de soixante sols tournois pièce ! » En d’autres termes, dans le premier cas, ou paye 4 fois 20 sols, soit 80 sols; dans le second cas, on paye 4 fois 60 sols, soit 240 sols ; mais, dans lun et l’autre cas, on ne paye que la même somme d’or fin, soit 4 francs.

Les deux paradoxes de Malestroict ne sont pas paradoxaux. Ils sont les déductions irréprochables d’un postulat qui, seul, est paradoxal, à savoir que l’or enfermé dans les monnaies est une valeur immuable, et que, par suite, dans le prix, on compare une valeur inerte — l'or

avec une valeur changeante : la marchandise. C’est cette erreur que combat Bodin dans sa responce. Il voit, avec une parfaite netteté, que le prix est un équilibre entre deux termes également mobiles: Por, d’une part; la marchandise, de l’autre. Il explique que des causes multiples créent cette mobilité de l’un ou de l’autre terme: « Je trouve que la charté que nous voyons vient quasi pour quatre ou cinq causes. La principale et presque seule (que personne jusques icy n’a touchée) est l’abondance d’or et d'argent qui est aujourd’huy en ce royaume plus grande qu'elle n’a esté il y à quatre cens ans... La seconde occasion de charté vient en partie des monopoles. La troisiesme est la disette qui est causée tant par la traitte que par le degast. La quatriesme est le plaisir des roys et grans seigneurs, qui hausse le pris des choses qu'ils aiment. La cinquiesme est pour le pris des monnoyes, ravalé de son ancienne estimation ? ». Aussi, l’état

(1) Paradoxes…

(2) Responsce aux paradoxes, non paginé. — V. aussi Républiq. 1. VI ch. 11, p. 674 et Cf. Le N. C., p. 204-205. ©

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