CHAPITRE II ra
d'équilibre, qu'est le prix, est-il situé très haut, puisque, d’une part, il existe trois causes d’offre surabondante de l’or (1, 4 et s), et que, d’autre part, il existe deux causes d’offre diminuée des marchandises (2 et 3). Au total, il y a beaucoup d’or pour acheter et peu de choses à acheter : l'argent diminue de valeur, les prix baussent, c’est l’enchérissément.
Telles sont la doctrine de Malestroict et la critique de Bodin. Crucé se rallie à Bodin, mais il le dépassera !.
Il réfute séparément les deux paradoxes de Malestroict?, Il le fait avec lucidité, mais avec assez d'injustice envers Bodin.
Au moment de combattre cette affirmation de Malestroict que la monnaie ne change pas de valeur, il affirme que « Bodin luy accorde inconsiderement » cétte « proposition ? », alors que Bodin a déclaré : « Reste à monstrer que Malestroit s’est aussi mespris au titre des monnoyes forgées en ce royaume depuis trois cens ans* », et quil s’en explique à plusieurs reprises 5.
Et, de même, lorsqu'il prouve la réalité de l’enchérissement et l'existence des causes qui l’entrainent, il ne craint pas d’observer : « .… Ce que j'ay voulu représenter en passant, pour suppléer le défaut de Bodin qui n’a pas donné la solution de ces raisons, et s’est contenté de les mettre en avant, sans y respondre directement5 », alors que Bodin a étudié ces « raisons » pendant quarante-trois pages de sa responce.
X. — Si l’on veut, au terme de ces examens d’ordres divers, fixer l’inspiration que Crucé a trouvé dans les idées doctrinales que son temps lui a permis de connaitre, il semble qu'on puisse le faire avec une grande certitude. Crucé, qui a été l’homme de mille observations, paraît bien n'avoir été l'homme que d’un
(1) V. infra, 2° partie.
(2) Le N. G:,.p. 198 et 201.
(3) Le N. C., p.201.
(4) Responce aux paradoxes.
(5} Lot. cit. et République, 1. VI, ch. 11, p. 702 et suiv.
seul livre, ou mieux, que d’un seul auteur: Jean Bodin. Il a abandonné les philosophes; il a ignoré les pacifistes ; il:a dédaigné les économistes. Seul a vraiment été appelé à l'instruire un politique, qui a trouvé en lui un disciple toujours fervent, mais jamais asservi. C’est avec une entière indépendance et un discernement très certain que Crucé a suivi Bodin. Il a entièrement adopté son régime gouvernemental, qui est remarquable, et sa politique intérieure, qui est ingénieuse. Il a délibérément repoussé sa politique extérieure, guidée par un nationalisme guerrier, dont, lui, poursuit la transformation.
Impressionné par des faits multiples, müûri par une doctrine profondé, Crucé est largement documenté : il peut écrire, sil
veut écrire.