‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 34 sur 99 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La conviction personnelle.

Que vont devenir ces documents innombrables, dont s’est progressivement enrichie une intelligence avide et soucieuse ? Vont-ils disparaître avec l’homme, n'ayant été, le long d’une courte vie, que les attraits variés d’un esprit singulièrement cultivé ? Vont-ils germer de voisinage, puis, les uns se fortifiant au détriment des autres, certains seulement vont-ils être les principes d’une série d’études indépendantes ? La première éventualité serait le fait d’un esprit indolent; la seconde, le fait d’un esprit limité. Crucé est un esprit large et enthousiaste. Il peut faire une synthèse, parce qu’il a beaucoup retenu; il veut faire cette synthèse. parce qu’un idéal l’entraine.

S'il est vrai qu’une œuvre, pour être vraiment belle, doit être faite d’une documentation suffisante, mais plus encore d’une volonté intense qui l’organise et la dirige, le Nouveau Cynée est une belle œuvre. La documentation de Crucé s’est animée au feu de sa conviction. Cette conviction, apport vraiment personnel dans son œuvre et âme éparse dans tout son livre, est reconnaissable sous un double aspect : elle est successivement une force créatrice et une force organisatrice.

I. — Crucé a connu le rêve d’une paix éternelle entre les nations. C’est évidemment là sa pensée la plus lointaine et la plus intime, celle dont on ne doit pas même un instant essayer de déméler la formation au sein des mystérieux travaux du

cerveau qui la compose. Aussitôt élaborée, elle devient le but de son effort. Comme on le sent bien à lire l’ardente affirmation de l’objet qu'il se propose : « Au demeurant, nous cherchons une paix, qui ne soit point fourrée, ny pour durer trois jours, mais qui soit volontaire, égale et permanente : une paix qui rende à un chacun ce qui luy appartient, le privilège au citoyen, l’hospitalité à l’estranger, et à tous indiferemment la liberté de voyage et négotiation ! ».

Et ce grand rêve doit devenir une grande ambition. Il ne doit pas demeurer l’ingénieuse méditation d’un esprit tout spéculatif ; il faut qu'il soit le vœu positif des nations, c’est-à-dire, tout d’abord, des Princes qui les gouvernent. Et Crucé s'adresse à eux. Il faut bien qu'il parle puisque tous se taisent; il faut bien qu'il dise la noblesse de la paix puisque personne ne croit qu'à celle de la guerre. « Un silence et consentement tacite... m'a occasionné de mettre au jours cest advertissement et conseil. paci-

fique ? ».

IT. — Il va donc créer quelque chose, édifier un projet. Mais avant que de le faire, et afin de le mieux faire, il s’est instruit, nous le savons %, et des idées et des faits. Il est en présence de trois grandes catégories de matériaux : les données économiques, qu'il doit aux événements; les données politiques, qu’il doit à Bodin; les données pacifistes, qu'il doit à lui-même. Avant d'enseigner sa doctrine, il faut qu’il l'unifie et qu’il la coordonne. Il va cristalliser autour de sa croyance spontanée ses acquisitions opportunes. 1

L'objet de son livre, ce sera la paix générale, ainsi que son titre même nous le dit. Or, il y a un rapport entre la paix et la prospérité économique, la prospérité commerciale en particulier.

(1) Le N. C., p: 194.

(2) Le N. C.; Préface, p. VI.

(3) V.-supra, chap: r et 11.

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