CHAPITRE PREMIER SI
I. — La principale.est l’agriculture. C’est pour lui l’évtdence même, et une affirmation de cette vérité indiscutable lui suffit : « Le labourage nourrit un estat! ». Crucé ne s’attarde à aucune démonstration du principe lui même, qui s'impose de soi. Il sapplique seulement à favoriser son application, en présentant deux observations, qui lui sont favorables.
La première, c'est que l’agriculture ne constitue pas une profession inférieure. « C’est un abus de penser que ces mestiers soient mechaniques ou qu'ils dérogent à la Noblesse. Les gentilshommes Romains mettoient eux mesmesla main à la charruë... ? »
La seconde, directement issue de son idée directrice, c'est que l’agriculture a une portée morale incomparable. Il faut faire des cultivateurs des pauvres 3 et des pirates*. Pour cela, il faut leur donner les terres laissées incultes 5, qui s’en trouveront défrichées, les « lieux marescageux Ÿ », qui s’en trouveront asséchés. Si les terrains, fournis par cette double provenance, étaient insuffisamment nombreux, « il faudroit leur achepter des terres de labour et les ensaisiner d’icelles, à la charge de les entretenir en bon estat, et d’en payer une petite rente par forme de recognoissance. Ceste largesse se feroit aux depens du public, mais il en tireroit le profit ? ». Idée féconde et ingénieuse, particulièrement chère à l’âme de Crucé, éprise de paix sociale non moins que de paix extérieure. Il reviendra sur elle lors de lexposé de sa politique intérieure, dont l’un des éléments figure
sous cette rubrique : « Nourriture des pauvres * ».
Pn)PPerN ACID 420:
(ARE SNAGERD 20€ CECeN ECM pDES Re (AIME NAIC ER pAS 0:
(DrLe NEC MP S8:
(6) Le N.C., p. 38.
(7) Le N. Cx p. 39-40.
(B\PLeN EC Ep} 86
II. — Si «le labourage nourrit un estat : le trafic l’aggrandit ! ». Le commerce est, pour Crucé, la source la plus vaste de richesse. Il cumule les avantages de l’agriculture ; comme elle, il ne déroge pas ? ; comme elle, il offre aux bras inoccupés un emploi salutaire, auquel « les Princes doivent inviter leurs subjects par toute sorte d'artifices * ». Mais, ila, de plus, ce mérite de satisfaire, à la fois, l'intérêt privé et lintérêt public. Le marchand enrichit « luy et son pays. Il ne peut faire l’un sans l’autre, et le public estant composé de particuliers, il se ressent des richesses et de la pauvreté de ceux-cy * ».
Il faut convenir que l’agriculture aurait pu, à bon droit, suggérer la même constatation. Mais, puisque Crucé réserve cette vertu complexe au commerce, nous devons nous attendre à ce qu'il s’attarde sur ce sujet de prédilection ; à ce qu'il précise les détails plus délicats d’une profession jugée par lui plus ingénieuse. C’est ce qu'il ne manque pas de faire. Et, afin de promouvoir l’activité commerciale, il précise une doctrine et réclame des réformes, qui sachent provoquer l'essor là où il n’y a que la stagnation.
Sa doctrine, c’est un libre-échange à peu près intégral, qui constitue la partie la plus originale et la plus remarquable de ses conceptions économiques. Crucé, écrivant dans un pays dont tous les rouages sont protectionnistes, et au milieu d’une ambiance qui l’est plus radicalement encore Ÿ, mérite vraiment le nom de fondateur de la doctrine libre-échangiste en France f. Sa conviction lui. est toute personnelle ; il ne doit rien qu’à sa clairvoyance.
Sans doute, avant lui, très exceptionnellement, quelques ap-
(1) Le N. C., p. 29.
(2 Le N2G> p.20:
(3) Le N..C;, p. 30-31.
(AIN NEC de 30.
(5) V: supra, 1!" partie, chap. 1 et ur.
(6) V. Vignes, Jlisloire des doctrines sur impot en France. Les origines el les deslinées de la dixtme royale de Vauban. Paris, Giard et Brière, 1909, p.256. — V. aussi, Nys, Recherches sur l'hist, de Péc. politiq., p. 87.