CHAPITRE PREMIER
pels s’étaient-ils fait entendre en faveur de la liberté, comme celui de Lalouette, par exemple 1. Mais, d’une part, il est fort probable que Crucé n’a même pas eu connaissance de ces opinions : aucune allusion n’y est jamais faite; d’autre part, son opinion personnelle, beaucoup plus hardie, est de toute manière la première qui mérite le nom de libre-échange, car, pour la première fois, est réclamée la liberté commerciale, non seulement à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur. « Îl n’est pas besoing de faire distinction entre le marchand subject et l’estranger car la condition du trafic doibt estre partout esgalle ? ».
Ce qu'il faut, c’est que « les passages estans libres et le commerce estant ouvert par le moyen de la paix, on puisse trafiquer partout sans dommage * ». Le but à poursuivre est donc de réaliser la pleine liberté en supprimant tous les obstacles qui la contrarient.
Un premier obstacle provient de l’insuffisance des voies navigables. Il faut les perfectionner, ou même les créer : rendre les
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rivières praticables “ ; les réunir par des canaux ÿ ; et, ce qui est le «plus utile pour le trafic général : joindre deux mers : ce qui ne se peut faire que par trois moyens. C’est à sçavoir, en coupant un destroit de terre qui soit entre deux mers: ou en conduisant une tranchée d’un fleuve, qui tombe dans une mer, et ne soit pas esloigné de l’autre : ou bien joindre par une fosse deux rivières, lesquelles s’emboucheñt séparément en diverses mers 6 ». Et Crucé recherche Je les lieux qui appellent lapplications de ces divers moyens ?
Un second obstacle à une on aisée vient de l'existence
des sauvages et de celle des pirates, qui « sont plus difficiles à
(1) De Lalouette, Des affaires d'Eslat, 2° édit., 1597. RLerNAC Ip. 172:
BILAN ES p1220 (AÏSEe NEC. pr 32.
(HELeNECE2p233 (EP CR pe (7) Le=N..C:,°p,:33-36
attraper, à cause de la large campagne de la mer, qui leur sert d’asyle et de refuge ! ». « Toutesfois, pour en venir à bout, ilya deux moyens tout dissemblables : la libéralité et la force ? ». Crucé, bien entendu, préfère la première méthode, mais la seconde garde à ses yeux la valeur d’un utile auxiliaire. « La guerre sera tousjours bonne contr’eux, si on ne les peut réduire à la raison ? », et alors on ira très simplement les « bloquer, assaillir et tuer comme pauvres bestes dans leur gistes # ».
Mais il reste à vaincre le dernier obstacle, le plus grand, c’està-dire la volonté même du Prince, qui tire une part de son revenu des droits à la circulation.
Crucé va plaider ici avec les arguments de la raison, sans que, pour autant, il semble les exploiteravec une entière raison. Il commence par déclarer, reprenant le rôle qu'avait tenu l’archevêque de Bourges en 1588 devant les seconds États de Blois 5 : « Il est raisonnable que le Prince tire quelques deniers sur les marchandises qu’on apporte et transporte hors de sa seigneurie : mais il doibt en cela user de modération autant qu’il luy sera possible, et principalement pour le fait des marchandises nécessaires à la vie, comme bled, vin, sel, chairs, poissons, laines, toiles et cuirs, afin que les marchands y trafiquent plus librement, et que le peuple les aye à meilleur pris 6 ».
On croit qu'il vient de parler avec diplomatie et que son désir, habilement modéré dans son expression, n’en est pas moins de voir exempter radicalement les objets de première : nécessité. Mais non, c’est à la lettre qu'il faut l'entendre ; bientôt il va nous dire plus affirmativement : « Un Prince doibt avoir part au profit de ceux qui trafiquent en sa seigneurie, ou des biens d'icelle. Et si les marchandises qui se transportent sont nécessaires
(u), Le NC p #36:
(2) Le N: C.,p. 36-37.
(3) LeNCp: 30;
(4) Le"NNC "p.36:
(5) Rapporté dans le Magasin pilloresque, 1839, p. 384. (G)ELeN CC p.87,