‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 40 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à la vie humaine, il n’y a point de danger qu'il mette sus elles un bon impost, comme aussi sur les... superfluitez, qui seront apportées en son Royaume 1 ».

On est tenté de s'étonner. En réalité ce que Crucé propose ici c'est une solution moyenne entre deux nécessités distinctes qui risquent d'entrer en conflit : la liberté du commerce et la contribution aux besoins de l’état. Si Crucé, très favorable à la liberté du commerce, admet le maintien partiel d’un des obstacles qui la restreignent, c'est que vraiment cette concession s'impose, On n'en peut mieux apprécier la légitimité qu’en regroupant sa doctrine de l’impôt, éparse dans tout son livre.

Selon lui, un impôt est vraiment juste : c’est celui qui est basé sur la fortune réelle de chacun, et qui lui est proportionnel ?; c’est l'impôt foncier, en tant qu'il correspond sensiblement au revenu général du contribuable. L'idéal serait qu'il produisit tout ce dont le Prince a légitimement besoin ; mais Crucé sent bien que pour cela il lui faudrait avoir un taux exagéré. Et c’est à titre de moindre mal qu’il cherche ailleurs des sources complémentaires de revenus publics.

Il y en a de trop spéciales pour qu’on puisse attendre d’elles une production régulière et constante : « Je ne parle point de la pesche des perles, remarque-t-il, ny des mines, dont plusieurs Roys tirent de grands profits : ny des confiscations et autres parlies casuelles 3 ».

Mais, il y a « un autre moyen jadis pratiqué par les Empereurs de Rome, à sçavoir de bailler argent à interest à raison du deniervingt, en prenant bonne caution ? ».

(nDELenN. C., p.172.

(2) Le N. C., p. 168-170. — V. sur cette notion et sur l'influence qu'a pu exercer ici Scipion de Gramont sur Crucé, Dubois, Op. cit., p. 301, n. 3.

(SIPLeRNECGE pe173:

(1) LeuN: Cp 173: Cf. Dubois, Op: ci; p. 300;.n. 1, — Il convient de noter aussi l'impôt particulier destiné à l'entretien « de la gendarmerie » (Le N.C., p. 27-28). Mais tout son produit étant consacré à un usage spécial, il ne saurait accroître les revenus généraux de l'état. C’est la taille personnelle, désormais rationnelle et moderée.

Voili un premier expédient. Sans doute, est-il insuffisant encore, et c’est alors l'obligation de maintenir la taxe à l'importation et à l'exportation, réduite, d’ailleurs, autant qu’il sera possible. Il ne lédicte pas; il la subit. Il ne poursuit pas une .onéreuse politique financière ; c’est toujours la liberté du commerce qu'il désire, mais qu’il désire avec sagesse.

Une nouvelle preuve va nous en être donnée. Crucé imagine précisément un procédé favorable, à la fois, aux besoins financiers du Prince et à la liberté du commerce : c’est que le Prince luimême se fasse commerçant. « Si le Prince veut bien faire son profit, il trafiquera et aura des vaisseaux sur mer pour négotier aussi bien que les particuliers. Pourquoy ne prendra-t-il pas le train d'un marchand plustost que d’un tyran ou exacteur 1 ? » Cette fois tous les avantages sont réunis; toutes les exigences sont conciliées. Sa théorie libre-échangiste garde son entière

valeur doctrinale et devient d’une application effective facile et acceptable de tous.

Mais Crucé, dont l'esprit pratique est non moins avisé que sa pure raison est profonde, entre plus avant dans la voie des réalisations. Et à côté de la doctrine libre-échangiste qu’il édifie, doivent être placées les réformes qu’il propose, comme étant favorables au libre-échange. Elles se ramènent essentiellement à la fixation et à l’unification des monnaies, d’abord, et, subsidiairement, des poids et des mesures. « Or, d'autant que le commerce et communication des peuples s’entretient par le moyen de la monnoye, qui va de part et d'autre, il est besoin de régler le prix, le poids et la loy d’icelle, avec résolution de ne rien innover en ces choses, pour quelque prétexte que ce soit 2».

Sur ces questions, il est long et parfois confus 3. C'est par le rapprochement opéré entre un tel passage fait de discussions, et

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(2) LerNAG; pro.

(3) Le N. C., p. 195-220.

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