‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 41 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

celui, par exemple, qui est consacré à l'arbitrage !, et qui est fait de constructions, que l’on comprend combien le talent de Crucé est bien plutôt composé des qualités ardentes du créateur, que des froides vertus du critique.

Son opinion, qui s’édifie entre celle, partiellement admise de Bodin, et, celle, entièrement rejetée de Malestroict, repose sur un principe de stabilité. « Le Prince ne doit altérer à son plasir le pied d’une mesme monnoye, autrement il feroît tort aux autres, et ne trouveroit aucun qui voulut traiter avec luy? ». «Or, en cecy, poursuit-il, il y a deux abus qui sont conjoincts, asçavoir l’affoiblissement et changement de prix de la monnoye (c’est à dire, probablement le rehaussement). Et tout ce mal vient du meslange de ces trois métaux, or argent et cuivre... %».

Ses raisonnements se succèdent languissamment, mais, parsemés parfois d’affirmations d’une remarquable lucidité, comme

celle-ci : « En faict de poids, mesures et monnoyes, ce qui est le

plus petit est la reigle du plus grand # », ou encore : « Je dis que la bonté des monnoyes ne gist qu’en leur estimation, de manière que celle-cy éstant augmentée, leur bonté pareillement s’augmente °». Et il aboutit à deux conclusions, dont la seconde n’est que le prolongement logique de la première. Il faut des monnaies-simples, faites d’un seul métal 6. Et il faut l'adoption par tous les pays du même étalon 7. Il n’y aura plus alors à redouter tant de fraudes de ceux « qui entendent le pair Ÿ ».

(1) Le N. C., p. 6o et suiv.

(2) Le N. C., p. 105.

(3) Le N. C.,p. 195.

(4) Le N. C., p. 202.

(SIA LeUN: Cp: 202,

(6) Le N. C., p. 206. Crücé reconnaît cepeñdant qu'un certain alliage peut être toléré (p. 206 et suiv.). Mais, il proscrit à une double reprise le billon (p. 206 et 217). 5

CiLe NC Npr207:

(8) Le N.'C., p 206-207et 213-214. V: sur cette expression, Bodin, Républiq., 1. VI, ch. ur, p. 703. V. les détails de sa documentation et son argumentation, supra, p. 66 et suiv. — Cf. Dubois, Op. cif,, p. 170-185, — Levasseur, La question de l'or, 1858.

C’est à ce propos que Crucé élargit davantage encore son horizon, et réclame que les rois « consentent tous à un règlement général, par lequel non seulement l’or et l'argent, maïs aussi les marchandises soient venduës à un poids esgal en tout pays ! ». Le «trafic, ajoutera-t-il bientôt, ne se peut bien entretenir que par l'égalité (lisez : l’uniformité) des poids et mesures 2 ». Ambitions fragmentaires au sein de sa grande ambition d’entente internationale.

Ici encore, Crucé termine son exposé par des précisions de détail. Il règlementé le morcellement des monnaies : « On doit asseurer non seulement la loy mais aussi le poids des monnoyes, et à cest effect limiter le nombre des pièces qui seront faictes en un marc d’or ou d'argent de mesme poids, nom et valeur. Et de ces monnoyes égales on en pourra faire huict, seize, trente deux et soixante quatre pièces au marc, ou plus s’il est besoing, les multipliant par proportion, en telle manière toutesfois que leur petitesse ne leur cause une trog grande fragilité * ».

Il décide aussi la centralisation du monnayage « afin de retrancher les occasions de mal faire aux hommes cauteleux “ », et la fabrication au moule « pour obvier aux falsifications et fongneures des monnoyes 5 ». |

C’est tout cet ensemble d'opinions et de projets qu’il fallait regrouper pour comprendre l’étendue et la cohésion de la politique libre-échangiste de Crucé. Le commerce l’a retenu non pas tant, nous le savons, parce qu’il y voit la source de richesses la plus essentielle, que parce qu’il trouve en lui le domaine de l’activité la plus ample. Il possède une ampleur matérielle, car, tandis que l’agriculture et l’industrie sont formées d’entreprises réduites et dont on n’entrevoit pas encore l’extension possible,

(1) Le NC, p.210:

(2) Le NC Eper218) (}LeN CD 2ra (4) LeNAC. per, () Le NC, Dis:

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