CHAPITRE PREMIER OI
rience. La Rhétorique est superfluë.… La grammaire, poësie et histoire sont plus specieuses que profitables! ».
Ces jugements surprennent, mais moins encore que celui que Crucé va porter sur le droit. Son antipathie devient vraiment du mépris, ce qui ne laisse pas d'étonner chez celui qui, par ailleurs, attribue tant de vertus à l'arbitrage. On croit sentir sa mauvaise foi, sa partialité, née peut-être d’un fâcheux souvenir personnel qui seul l'expliquerait, si l’on ne veut accuser son habituelle clairvoyance d’avoir, une fois, été radicalement obscurcie. Il renouvelle ses attaques à trois reprises?, confondant « en une même réprobation les principes qui doivent servir de guide dans la solution des litiges et les méprisables chicanes des procéduriers? ». « La jurisprudence n'est pas... nécessaire et un bon jugement naturel suffit pour terminer les procez, sans avoir recours à une milliace de loix et decisions, qui enveloppent les causes au lieu de les demesler * ». Et il nous parle encore, tenant décidément au mot, de cette « milliasse d’interprètes, qui ne s'accordent entre eux non plus que les horloges, et causent des scrupules et distractions d’esprit par la diversité de leurs opinions ÿ ».
La conclusion c’est qu'il faut, au lieu de « s'amuser à tant de formalitez superfluës, expédier promptement les procez6. Car, nous dit-il, non sans une certaine candeur, « la decision des procez n’est pas chose si mal aisée... Si la question est de faict, l’enqueste ou information lesclaircissent. Les questions de droict sont la plus-part préjugées par les loix, Edicts, coustumes et Arrests? ».
QG} Le N. C:., p. 46-47. ‘
Le NACSSD TA 158 MONT <
(3) Crick, Le Nouv. Cyn. d'Emér. Crucé, Rev. de droit internat. el de législ. compar., 1910, p. 42. x
(RENE CE D 47e
(5) Le N. C., p. 166-167.
(6) Le NC p:165:
(7) Le N. G., p. 165-166.
Les conséquences qu'il tirera de ces constatations seront, nous le verrons, parfois radicales, mais, le plus souvent aussi, légitimes et logiques.
Et Crucé a ainsi terminé l’'énumération, par ordre de préférence, des occupations qui s'offrent au choix des hommes, et qui s'imposent aux besoins des peuples. L’horreur de l'oisiveté, qui a, on s’en souvient, amorcé son discours, lui fait éprouver le scrupule de n’avoir peut-être pas offert de satisfactions appropriées à tous les goûts; et à celui qui, d'humeur violente, ressent la nécessité de « desgourdir son bras », il conseille les tournois, ou bien encore la chasse, « exercice noble et bien-séant », qui permet de passer sur les « bestes,… ceste furieuse envie? ».
V. — L’exposé facile que Crucé nous fait de ses idées économiques ne mérite pas le nom de #héorie, si l’on entend par là un plan systématique, ayant une prétention scientifique définie. Il écrit au courant de la plume, sous la pression très certaine d'un pur sentiment qui le stimule et qui le guide : mettre en œuvre tant d'activités rebelles ou insouciantes. Mais si l’on songe au nombre des idées que ce sentiment fait éclore, à leur richesse toujours grande, à leur sûreté presque constamment égale, et si l’on constate que ces idées se sont organisées dans un ordre parfaitement logique, ne faut-il pas parler de la théorie économique de Crucé ? S'il ne l’a pas faite ; elle s’est faite en lui.
Il convient de distinguer en elle deux conceptions d’une ampleur diverse, mais d’une pareille valeur : sa croyance en l’existence conjointe de multiples sources productrices de richesse et sa confiance dans la liberté du commerce.
Ces sources de richesses, non seulement il les embrasse dans leur diversité, mais encore il les juge dans leur productivité: c’est d'abord Pagriculture, source la plus profonde ; puis le commerce,
(1) V. infra, ch. ur (2)/Le N°10; p.20: