‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 65 sur 99 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

le plus habituellement le trait frappant et plein d’attraits du livre.

Nous avons voulu respecter le plus parfaitement l’idée directrice et les incessantes idées secondaires qui la précisent ou la perfectionnent, en laissant Crucé parler lui-même: les mots qui traduisent ses explications, non moins que ses explications mêmes, devaient être conservés dans leur intégrité première, afin que le charme des uns et loriginalité des autres ne soient jamais amoindris par les imperfections d’un malhabile commentaire.

Nous nous trouvons désormais en présence de trois théories générales, synthèses adroites de multiples croyances de détail. Toutes sont riches de ‘sève, c’est-à-dire de ce besoin de se développer et de se répandre qui, dans tous les domaines, est le signe des organismes d’une vie forte et saine. Mais, l’ensemble de ces germes actifs ne possède pas une nature identique ; ils ne recherchent pas tous une même atmosphère où se fortifier ; et ce n’est pas dans un même domaine qu'il nous faut relever les témoignages des destinées qui furent les leurs. Ces opinions diverses prétendaient à une valeur pratique plus encore qu’à une valeur doctrinale, car Crucé est un réalisateur d’idéal beaucoup plus qu'il n'en est un rêveur. Or, pour se réaliser, elles n’attendaient pas le concours des mêmes eflorts ni les procédés des mêmes disciplines. |

Aussi apprécierons-nous le plus légitimement la valeur absolue et la valeur effective des trois théories de Crucé en considérant chacune d’elles dans son milieu spécial, c’est-à-dire en déterminant, au sein des idées doctrinales qui se sont fait jour et des faits qui se sont produits, l’influence qu’elles ont eu et celles qu’elles auraient dû avoir.

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L'influence

On peut affirmer qu’il n’est pas une des idées de Crucé qui n'ait été reprise depuis lui. On ne saurait affirmer pour autant de ceux qui les ont soutenues qu'ils les ont puisées dans son livre. Des circonstances analogues, des ambiances intellectuelles semblables, ont pu les faire éclore à nouveau à travers le temps ou à travers l’espace avec une spontanéité redevenue à peu près entière. Les guerres engendrent des aspirations vers la paix perpétuelle. Les excès de labsolutisme et ceux du protectionnisme appellent le libéralisme et le libre-échange. Et 1l est difficile, en présence d'une doctrine ou d’une réforme, de retrouver avec sûreté ses inspirateurs lointains : les novateurs, et plus encore les rénovateurs, tiennent à protéger par le silence ou l’artifice leurs originalités légitimes ou prétendues.

Il semble bien que Crucé a justement été pour ses successeurs ce que la plupart de ses devanciers avaient été pour lui-même : précurseur plus qu’inspirateur. Maisle précurseur n'est-il pas l’inspirateur latent, puissant dans son silence, qui prépare l'avenir avec le plus de certitude ? Crucé était trop moderne pour trouver dans son siècle des disciples nombreux etconvaincus. Mais, il a fait mieux qu’inspirer ses goûts aux générations qui vinrent immédiatement après lui ; il a défini les aspirations des hommes d’aujourd’hui, dont trois siècles le séparent. Et il les a trop bien prévues ces aspirations pour qu'on ne pense pas qu’il les ait un peu prépa-

rées. Il a fallu toutefois que ses idées fussent répétées, et comme acclimatées peu à peu, par des esprits hardis d’abord, puis par des théoriciens dont l'indépendance sembla de moins en moins exagérée. Alors seulement, les praticiens consentirent à les considérer et se risquèrent à en tenter l’essai.

C’est dans les témoignages de cette évolution que nous voudrions retrouver l'influence exercée par Crucé sur les économistes, sur les politiques, sur le législateur.

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