‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 67 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

préoccupations. C’est ainsi, par exemple, que pour présenter avec force une distinction des activités vraiment productrices et de celles qui ne le sont pas, Crucé emploie la manière qui provoquera tañt d’admirateurs le jour où elle sera devenue celle de Saint-Simon dans sa « parabole ». Saint-Simon devait écrire : « Nous supposons que la France perde subitement ses cinquante premiers physiciens, ses cinquante premiers chimistes..…., ses cinquante premiers mécaniciens, ses cinquante premiers ingénieurs, ses cinquante premiers architectes... ses cinquante premiers médecins…, ses deux cents premiers négociants, ses six cents premiers cultivateurs, ses cinquante premiers maîtres de forges. (et dans une minutieuse énumération il signale les « personnes de divers états. les plus capables dans les sciences, dans les beaux-arts et dans les arts et métiers »). Comme ces hommes sont les Français les plus essentiellement producteurs.., la nation deviendrait un corps sans âme à l'instant où elle les perdrait. — Passons à une autre supposition. Admettons que la France conserve tous les hommes de génie qu’elle possède dans les sciences, dans les beaux-arts et dans les arts et métiers, mais qu’elle ait le malheur de perdre dans le même jour Monsieur, frère du Roi, Monseigneur le duc d'Angoulême, Monseigneur le duc de Berry, etc... qu'elle perde en même temps tous les grands officiers de la couronne..., tous ses maréchaux, tous ses cardinaux, archevêques, évêques, grands-vicaires et chanoines, tous les préfets, tous les juges... Cet accident affligerait certainement les Français parce qu'ils sont bons... Mais cette perte des 30.000 individus réputés les plus importants de l'État ne leur causerait de chagrin que sous un rapport purement sentimental, car il n’en résulterait aucun mal politique pour l'État !. »

Or, Crucé avait dit, avec non moins de verbosité, et avec autant de clairvoyance : « Je vous laisse à penser en quelle peine

(1) L'Organisaleur, Premier Extrait. Œuvres de Saint-Simon, publiées par Enfantin, Paris, E. Dentu, 1869, t. VIT, p. 17-21.

nous serions si nous n'avions point de laboureurs, vignerons, tisserands, tanneurs, forgerons, mareschaux, chirurgiens, teinturiers, massons, charpentiers, fondeurs, cordonniers, foulons, cardeurs, orfèvres, potiers, tourneurs et autres semblables ouvriers, de qui nous tenons la vie. Ce qui apporte des commoditez à une Monarchie ce n’est point la multitude des prestres ministres, ny Religieux, jaçoit que leur dignité soit grande et nécessaire pour attirer la faveur du Ciel: ce ne sont point aussi les practiciens et officiers de justice qui ne devroient estre en si grand nombre et comme ils sont en quelques endroicts. Bref il n‘y a mestier comparable en utilité à celuy du marchand qui accroist légitimement ses moyens aux despens de son travail.. : en quoy il est plus loüable que le soldat dont l’advancement ne dépend que des despouïlles et ruines d’austruy !. »

IT. — Et surtout combien ne trouverait-on pas d’analogies entre les convictions libres-échangistes de Crucé et celles des partisans de plus en plus nombreux d’une idée de plus en plus aimée ?

La doctrine libre-échangiste, affirmée et soutenue pour la première fois par Crucé, devait se répandre d’une manière ininterrompue, et finir par influencer la politique économique des nations.

La seconde moitié du xvr° siècle connaît déjà des manifestations non douteuses de cette évolution. Dès 1668, les Mémoires pour servir à l'histoire D.M.R. avec quelques Réflexions politiques sur ces mémoires, œuvre d’un anonyme, adoptent la thèse de la solidarité économique des nations ?.

En 1689, paraît un nouvel ouvrage encore anonyme : Les Soupirs

de la France esclave qui aspire après la liberté. H sera réédité en 1788 .

sous ce titre très caractéristique : Les vœux d'un Patriote. La liberté

QG) Le N. C., p. 30 et 45. è à (2) V. Vignes, His!. des doctrines sur l'impôt en France,… p. 207 MOTTE

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