‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 71 sur 99 · V9 LA · texte numérisé non relu

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SECTION 1. — LES IDÉES ÉCONOMIQUES DE CRUCÉ ET LA DOCTRINE D'ADAM SMITH

On a coutume de signaler comme étant les deux grandes supériorités de la doctrine d'Adam Smith, d’abord, l'ampleur de ses vues, qui lui permet d'accueillir des sources productrices de richesses multiples; ensuite, sa croyance en une organisation spontanée du monde économique, qui lui fait demander en tout la liberté. Ce sont précisément là, nous le savons, les traits les plus saillants des opinions de Crucé.

Sans doute, Crucé ne peut-il être classé, même à une place très effacée, à côté de Hutcheson, de Hume, même de Mandeville, qui, à des titres divers, ont vraiment été inspirateurs de Smith. Mais d’eux tous, et tout spécialement de Smith, il est un précurseur certain. Et cette qualité est très glorieuse déjà pour lui qui ne fut économiste que par occasion, et qui, de plus, le fut par anticipation. Rien ne peut faire supposer que Smith ait connu le Nouveau Cynée qui, à son époque, était tombé dans Poubli!. S'il eût connu, il est bien évident que les 1200 pages de son livre ne se fussent nullement enrichies des découvertes qu'il aurait accomplies dans les quelques soixante-dix pages où sont éparses les idées économiques de Crucé. Mais, du moins, il eut sans doute convenu que rien ne lui semblait choquant dans ces aperçus ; c’est qu’en effet, avec beaucoup moins de puissance d'expansion d’ailleurs, les mêmes principes fondamentaux s'y trouvent déjà affirmés.

I. — La reconnaissance de multiples sources de richesse est pour Smith, comme pour Crucé, l’aboutissement de raisonnements antérieurs. Mais la diversité de ces raisonnements fait que

(1) VW. supra, p. 10. Au surplus, le Nouveau Cynée ne figure pas dans l’énumération des ouvrages contenus dans la bibliothèque de Smith.

cette conclusion identique a chez Smith une base scientifique, au lieu qu’elle n’a chez Crucé qu'un support tout occasionnel. Crucé disait : L’oisiveté est un mal et il faut le combattre.

Dans ce but, nous amènerons les hommes à faire emploi de leurs

forces et puisqu'il convient qu’ils employent leurs forces, il devront les appliquer de préférence aux travaux producteurs de richesse. Ce sont, par ordre d'utilité, l’agriculture, le commerce, l’industrie, les sciences et les arts.

Smith, au contraire, n’arrive pas par hasard à cette vue d'ensemble; il la poursuivait pour elle-même. Ce qui existe en fait, affirme-t-il, c'est la division du travail'. Cette répartition des hommes ainsi appliqués à des tâches diverses est, en réalité, une « coopération » ; les diverses formes de travaux ont une certaine productivité, parce que c'est le travail qui produit la richesse. Smith accueille donc l'agriculture, l’industrie, le commerce. Say y ajoutera les « produits immatériels ? » et cette adjonction ne fait que restituer à l’énumération des forces pro-

ductrices l'ampleur que Crucé lui avait spontanément donnée.

Smith, en effet, diversifie et limite la productivité des travaux. Il y a, à ses yeux, des travaux productifs et des travaux non productifs. Il déclare, par exemple : « J'ai classé les artisans, les manufacturiers et les marchands parmi les ouvriers productifs, et les domestiques parmi les ouvriers stériles et non productifs 3 ». Crucé, au contraire, fait une part plus large: aux sciences, du moins, et ne réserve son mépris que pour les arts“.

De même, Smith gradue la productivité des divers travaux productifs : « La quantité de... travail (productif), que des capitaux égaux sont capables de mettre en activité, varie extrêmement d'après la nature différente de l'emploi qu'on leur donne ÿ.… ». Et

(1) Richesse des nations, t. 1, p. 6-27.

(2) Gide et Rist, His. des doct, économiq., p. 128. (3) Richesse des nations, t. Il, p. 324.

(4) V. Supra, p. go-et suiv.

(5) Richesse des nalions, t. 1, p. 450.

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