CHAPITRE PREMIER
ilajoute : « .. Aucun capital, à somme égale, ne met en activité plus de travail productif que celui du fermier ! ». Ainsi, la supériorité de l'agriculture, si évidente pour les physiocrates, est encore affirmée par Smith. Cette opinion était déjà celle de Crucé qui met l’agriculture au premier rang, parce que c’est elle qui nourrit les états?. Mais Smith préfère, après cela, l’industrie, qui, si elle ne crée pas comme l’agriculture, du moins transforme, au commerce qui ne peut plus même invoquer cette demicréation *; c’est toujours sa même négation des produits immatériels. Crucé, au contraire, admettait qu'après l’agriculture, source la plus intense de richesse, devait venir le comimerce, source la plus large‘.
Si l’on néglige ces divergences, plus secondaires déjà, on reste frappé par ce fait que, dans l’ensemble, Crucé a eu la même vision générale du monde économique que Smith. Et le rapprochement doit être poussé plus loin.
La constatation de ces forces productrices multiples et harmonieuses va faire supposer à Smith que leur existence est naturelle et leur destination spontanément opportune. Il n'y a qu'à les laisser s'exprimer selon leur tendance interne; elles satisferont d’elles-mêmes les intérêts privés et l'intérêt général, qui se trouvent être ingénieusement associés 5. « Cette grande multiplication dans les produits de tous les différents arts et métiers, résultant de la division du travail est ce qui, dans une société bien gouvernée, donne lieu à cette opulence générale qui se répand jusque dans les dernières classes du peuple ». Crucé n’a sans doute pas analysé nettement le mécanisme, c’est-à-dire la division du travail, mais il en a bien vu le jeu
(1) Zbid., t. 1, p. 455.
(2) V: supra, p. 81.
(3) Richesse des nations, t. I, p. 450-451.
(4) V. supra, p. 82. :
(5) Gide et Rist, His!.des doctrines économiq., p. 80-120. — Smith, Richesse des nalions, t. 1, p. 18-22. É
(6) Richesse des nalions, t, [, p. 14.
naturel et le résultat satisfaisant. Et s'il en a restreint l'afhrmation au commerce, c’est plus par occasion que par une conviction arrêtée : « .… Il ne faut dénigrer le marchand, dit-il, principalement celuy qui d’une résolution généreuse entreprend des voyages hazardeux afin de s'enrichir luy et son pays. Il ne peut faire l’un sans l'autre 1... ».
II. — C'est, arrivé à cet ensemble d'observations, que Crucé, comme va le faire Smith, en déduit le principe de sa politique économique. Et pour tous deux il est commun encore : c’est le libéralisme.
Cependant, pas plus que précédemment, les conclusions de Crucé et celles de Smith ne sont conformes dans tous leurs détails. La doctrine de Smith beaucoup plus minutieuse que ne . sauraient l’être les affirmations rapides de Crucé, est aussi plus catégorique. Il y a chez Smith toute une théorie individualiste qui est mal définie chez Crucé, souvent même, qui est chez lui un peu contradictoire. L’entière communauté de vues entre eux n'existe que dans le domaine du grand commerce : c’est le libreéchange. |
Rigoureusement fidèle à ses prémisses, Smith combat déjà à l'intérieur les obstacles apportés à l'expansion des initiatives individuelles : les corporations et létatisme. « C’est sans le moindre fondement qu’on a prétexté que les corporations étaient nécessaires pour régir sagement l’industrie ? ». Crucé, nous nous le rappelons, attendait, au contraire, un grand bien de corps de métiers strictement organisés ?.
Et au sujet des missions de l’état, leur opposition est plus considérable encore. Smith ne lui reconnaît guère pour devoir économique que celui d'effectuer les travaux publics. Le souverain a « le devoir d’ériger et d'entretenir certains ouvrages publics
(Le N° CC: p 20-30: s ‘ (2) Richesse des nalions, t. 1, p. 170. — V. aussi p: 157.et suiv. (3) V. supra, p. So.
PTE