‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 73 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et certaines institutions que l'intérêt privé d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter à ériger ou à entretenir, parce que jamais le profit n’en rembourserait la dépense à un particulier ou à quelques particuliers. »!, Crucé, moins logique avec lui-même, s'engage nettement, comme nous le verrons plus loin, dans la voie aujourd’hui suivie par les théoriciens du socialisme d’état?.

Au contraire, sur la question jugée par l’un et par l’autre très importante de l’activité extérieure, leur accord se retrouve entier. |

Avec des arguments beaucoup moins nombreux et beaucoup moins profonds du reste que ceux de Smith, Crucé affirme, comme ce dernier, les bienfaits naturels de la liberté du commerce. « Quel plaisir seroit-ce, dit-il, de veoir les hommes aller de part et d’autre librement et communiquer ensemble sans

. aucun scrupule de pays... comme si la terre estoit, ainsi qu’elle q

est véritablement, une cité commune à tous3? » Et Smith déclarera : « .… On a accoutumé les peuples à croire que leur intérêt consistait à ruiner tous leurs voisins; chaque nation en est venue à jeter un œil d’envie sur la prospérité de toutes les nations avec lesquelles elle commerce, et à regarder tout ce qu’elles gagnent comme une perte pour elle. Le commerce qui, naturellement, devait être, pour les nations comme pour les individus, un lien de concorde et d'amitié, est devenu la source la plus féconde des haines et des querelles! »..

Crucé, pour assurer la liberté et la facilité des relations commerciales, comprend la nécessité de perfectionner les voies de communication, les canaux en particulierÿ. Et Smith écrit « Les grandes routes bien entretenues, les canaux et les rivières navigables, en diminuant les frais de transport, rapprochent du

(1) Richesse des nations, t. II, p. 338.

(2) V. Infra, sect. 2

(DS LeNN Cp. 36.

(4) Richesse des nalions, t. Il, p. 88.

(5) V. supra, p. 83.

niveau commun les parties reculées de la campagne et celles qui avoisinent la ville ! ». Et il insiste sur l’utilité de ces entreprises ?. Crucé allait, d'ailleurs, plus loin que Smith, et lorsqu'il demande la percée de grands isthmes, c’est plus d'Enfantin et même de de Lesseps que de Smith qu'il faut le rapprocher ÿ.

De même encore, Crucé admet un droit moyen à la circulation, et qui sache se concilier, à la fois, avec les besoins de l’état et avec les principes libre-échangistes#. Smith ne veut, à son tour, que des droits purement fiscaux, parce que ce système est parfaitement compatible avec une très large liberté des échanges et qu’il fournit cependant au trésor des revenus abondants. «Il parait que c’est l'impossibilité d'imposer le peuple par une capitation proportionnée au revenu de chaque contribuable, qui a fait imaginer les impôts sur les objets de consommation ». La taxe à l'importation n’est donc qu'un expédient destiné à compléter ou à suppléer la production d'un impôt basé sur le revenu, jugé « impossible » par Smith et seulement insuffisant par Crucé. L'un et l'autre font varier la taxe selon qu’elle portera sur les objets de nécessité ou sur les objets de luxef.

Enfin Crucé avait affirmé que, la monnaie étant à la base du commerce, il fallait en assurer la fixité et en tenter l’unification, afin d’assurer les relations intérieures et de faciliter les relations extérieures. Smith, à son tour, attache une grosse importance à la monnaie « devenue chez tous les peuples civilisés l'instrument universel du commerce 7 », et, sans être aussi exigeant que Crucé, il sent la nécessité d'aider, grâce à elle, à la

(1) Richesse des nalions, t. 1, p. 191.

(2) V. Ibid, t, Il, p. 376 et suiv.

(3) Gide et Rist, Hist. des doctrines économiq., p 441.

(4) V. supra, p. 86.

(5) Richesse des nalions, t. Il, p. 562. ,

(6) Richesse des nalions, Ibid. — Le N.C., V. supra, p. 84-85. — Smith admet, d’ailleurs, des droits de douane dans certains cas : protection d’une industrie nouvelle, représailles, défense nationale, etc... V. Gide et Rist, Hist. des doct.;économiq.. p. 119-120.

(7) Richesse des nulions, t, 1, Dress

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