CHAPITRE PREMIER TAT
sécurité des relations commerciales !. D’autres analogies, plus spéciales, pourraient encore être signalées, comme, par exemple, au sujet du monnayage ?.
- IT. — Mais, ce ne sont point ces ressemblances de-détail, si multiples qu’elles soient, qu’il nous importait de relever ici. C’est une parenté d’un ordre plus élevé que nous avons cherché à dégager entre Smith et Crucé : celle de lesprit même qui les guide. Fondées sur une vue également large des phénomènes économiques, leurs observations successives leur montrent, à l’un et à l’autre, la bonté naturelle des forces spontanées, et leurs raisonnements les conduisent logiquement à un ardent libéralisme.
Sans doute, la doctrine de Smith est-elle beaucoup plus riche que celle de Crucé, de même que sa portée est incomparablement plus vaste. Mais Crucé n'était même pas un économiste, et Smith est, peut être, le plus grand des économistes. Que la doctrine de celui-là n'ait été que la silhouette, même incertaine, de la doctrine de celui-ci, ce n’est point l’infériorité de Crucé, c’est, au contraire, son mérite. Son défaut, si c’est vraiment un défaut, n’a pu consister qu’à ne pas suivre, füt-ce avec des défaillances, la voie droite que Smith ne devait jamais abandonner. Il semble qu'inspiré par la même idée, il n’en a cependant pas pénétré tout le sens et ressenti toute l'énergie. Son libéralisme est devenu incertain ; il s’est, à plusieurs reprises, orienté vers l'étatisme, et si par là Crucé est devenu le précurseur d'économistes beaucoup plus modernes que Smith, il ne semble pas qu'il ait préparé une doctrine plus orthodoxe ; mais n’a-t-il pas préparé, du moins, une doctrine plus large encore et, sur certains points, plus satisfaisante aussi peut-être ?
(1) Richesse des nalions, t. 1, p. 35 et suiv. (2) Richesse des nations, t. Il, p. 150.