SECTION 2. — LA POLITIQUE SOCIALE DE CRUCÉ ET LE SOCIALISME D'ÉTAT
Crucé poursuivant, comme Smith, l’expansion de toutes les forces et le développement de tous les intérêts différents qui, théoriquement, doivent s’équilibrer, ne fait pas le même départ que lui entre les initiatives privées et l’initiative publique. Crucé a une tendance à restreindre les premières et à accroître la seconde. Et cette déformation des strictes conséquences logiques est due à ce que Crucé dépasse la catégorie, à laquelle Smith appartient tout entier, des disciples de la science économique, pour entrer dans celle des croyants de la science sociale. Smith n’a qu'un but: découvrir la vérité des lois économiques ; Crucé éprouve déjà le besoin de diriger ces lois vers le bien social. Lorsqu'il nous parle du caractère moral de l’agriculture ou de l’industrie, il s'éloigne de Smith et il se rapproche de Le Play!. Lorsqu'il afñhrme que l’aumône est une mauvaise forme de la charité, que ce qu’il faut c’est assurer à tous le travail, et pour cela organiser des travaux publics, il s'éloigne encore de Smith et il se rapproche de Louis Blanc et de Proudhon ?.
[. — Crucé ne va donc plus poursuivre exclusivement lutilité sociale ; il y mêle la préoccupation du bien social. Or, il ne fait pas de doute pour lui que la vérité se trouve toujours dans le développement des multiples forces productrices de richesse, dont il a reconnu l'existence. Un de ses soucis les plus constants est, nous l'avons vu, d'appliquer tous les oisifs à l’agriculture, au commerce, à l’industrie, aux sciences.
Mais, sile but est clair à ses yeux, les moyens à employer pour l'atteindre sont moins évidents. Crucé entrevoit les avantages
(1) Gide et Rist, Hist. des doctrines économ., p. 568-570. (2) Gide et Rist, Jbid., p. 298-307 et 350-358.