‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 76 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

différents des deux grandes tendances qui le séduisent et entre lesquelles il établit, d'ordinaire, une moyenne, plutôt que de préférer l’une à l’autre : l’autoritarisme et le libéralisme. Nulle part, mieux que dans sa doctrine politique, ne se rencontre une plus habile combinaison de ces deux principes, qui lui font désirer une monarchie absolue et rationnelle à la foist. Mais, l’ingénieuse réponse qu'il a donnée à la question politique lui semble difficile à appliquer à la question sociale. Il paraît hésiter et adopter successivement l’une et l’autre solution, au lieu de les concilier; son opinion s’en trouve contradictoire, au lieu d’être harmonieuse.

Rien n’en saurait mieux rendre compte que le rappel de ses conseils au sujet de l’exercice des métiers. Il met, tour à tour, sa confiance dans la liberté — « Il vaut bien mieux laisser ceste eslection libre aux jeunes hommes, afin qu’ils s’addonnent à un exercice où leur naturel et capacité les portera...» —; dans l'association — une organisation sous « des maistres ouvriers. esveilleroit les esprits, les retireroit de l’oisiveté, et leur feroit embrasser gayement une vacation, soubs l'espoir d’estre pourveus en cas qu'ils s’acquittassent bien de leur charge. » * —; dans l’étatisme, enfin : « Les censeurs, ... afin que personne ne s’alentisse d’oisiveté, … contraindront un chacun de choisir un genre de vie, après qu'il sera sorti de l’Académie publique .» Quelle est donc, en définitive, la solution qu'il préfère ? Il ne fait guère de . doute que ce soit celle de Pimpulsion étatique. Le libéralisme monarchique de Crucé se traduit par un libéralisme "politique et par un awtoritarisme social.

Tout à l'heure, il conseillait aux jeunes gens le libre choix des métiers, mais aussitôt il ajoute : «.. soubs le bon plaisir toutesfois du Prince, duquel ils doivent estre authorisez pour

(1) V. supra, p. 109 et suiv.

(2) Le N. O., p. i80.

(3) Le N. C., p. 43.

(4) Le N. C., p. 188.

exercer quelque vacation. » Et s’il a prôné la corporation, c'est qu’elle permet aisément une direction centrale : « .… Il seroit bon. d’establir en toutes les villes un officier qui recevroit les ‘noms de ceux qui excelleroïient en quelque art, afin deles

appointer suivant leur capacité. ? »

IT. — Or, cette soumission au contrôle suprême de l’état, et même cette recherche de son appui, fondée sur cette conviction que l’état, plus puissant et plus sage que les individus, offre la double garantie d’une gestion raisonnable et forte, c'est la caractéristique même de la doctrine qu’enseigneront, dans la seconde moitié du xix° siècle, Rodbertus et Lassalle, et que l’Allemagne du xx° siècle aura réalisée 3.

La campagne menée par Crucé en faveur d’un état-commerçant ne doit, d’ailleurs, pas être considérée comme une application de cette tendance, car ce qu’il désire c’est seulement que l'état agisse comme un particulier quelconque ‘. Il ne lui-attribue pas une action dominatrice ; il ne propose pas une entreprise gigantesque. Mais, ne doit-on pas supposer que, s’il avait vu franchie cette première étape, il aurait été très naturellement conduit à aborder la seconde ?

Au reste, il n’est pas besoin d’un argument trouvé dans ce domaine, tant nous pouvons en invoquer d’autres, beaucoup moins douteux.

Nous venons de noter l’intervention de l’état en matière industrielle : il imposera un métier ; il en contrôlera l'exercice; il le rétribuera. El la raison ici est bien tirée de la conviction que seul l'état à une vue assez large et assez sûre des besoins pour

(1) Le’N.. Cp. 180.

(2) Le N. C., p. 42-43.

(3) Gide et Rist, His!. des doctrines économiq., p. 482-528. — V. aussi, a Les systèmes socialistes, Première partie, ch. vir, et seconde partie, dbsau

(4) V. supra, p.86. Mais, par ailleurs, il suggère l’idée de l’état-banquier, ce qui est certainement un procédé d’étatisme (Le N. C., p. 172-173).

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