‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 77 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

leur trouver une complète satisfaction : « Il est besoing d’apporter un règlement en cecy, afin qu'en une ville il se trouve toute sorte d'estats suffisamment, et que les uns ne se multiplient excessivement au préjudice de la République 1 ».

- Et, avant cela, les enfants auront été soumis à un enseignement public et obligatoire : « Maintenant que la crainte de ceste puissance paternelle est ostée,.…... pour éviter les malheurs qui en peuvent arriver, il faut que la république entreprenne ceste charge et qu’elle commette des magistrats pour avoir soing particulier de ces jeunes plantes, afin qu’elles produisent de bon fruicts ? ». C’est toujours la même crainte d’une incompétence ou d’une insuffisante capacité des initiatives privées.

Il faut encore rappeler cette concentration aux mains de l’état de la disposition de tous les offices *, sa responsabilité pour le ravitaillement des pauvres en temps normal *, et pour le ravitaillement de tous en temps de famine ÿ ; enfin, cette institution qui contient toutes les autres et qui parle suffisamment par elle même: la censure. « Que les Roys... remettent la censure... et qu’ils ne mettent point en délibération s’il faut reformer les meurs, puisque c’est une chose nécessaire. 6» Et l’on sait qu'illimitée dans son inquisition, elle devra renseigner aussi bien sur la fortune de tous?, que sur les plaisirs de tel ou tel, « car qui ne jugeroit digne de punition la friandise d’un homme qui achepteroit un mulet de mef quatre cents francs, comme fit Asinius Celer 8 ? » Et Crucé semble presque regretter qu'il ne soit guère

(IP LeENLC.S pa T8 0:

(2) Le N. C., p. 185. Et il en arrive à l’idée du mariage obligatoire. Le N. Cr prnzS

GE supra pairs.

(4) V. supra, p. 118.

(5) V. supra, p. 121.

(7) V. supra, p. 115. — Il envisage même une meilleure répartition de la fortune, obtenue, en particulier, par un remaniement des bénéfices ecclésiastiques. Le N. C., p. 147 et suiv.

(8) Le NC p.127.

possible d'aller « au logis d’un homme pour veoir ce qu'il mange

ou pour compter ses compagnons de table 1»... a

III. — Telle est donc la seconde direction vers laquelle Crucé est entraîné. Sa clairvoyance lui a fait découvrir la voie qui serait celle d'Adam Smith ; sa sensibilité l’en a détourné et lui a fait prendre celle que devait emprunter un Louis Blanc. Doiton voir là une contradiction décisive, retirant toute valeur aux convictions économiques de Crucé ? Ce serait une conclusion absolument injustifiée. Crucé, vivant dans un monde où aucun système économique n’a encore été édifié, ne peut trouver nulle part un soutien ou un contrôle de sa propre construction. Rien ne saura donc ramener l'unité dans ses vues si elles se dispersent ; et voici qu’au contraire, tout va en préparer la dispersion.

- À son esprit ouvert apparaissent des phénomènes multiples et variés : productions agricoles, commerciales, industrielles, scientifiques. Dans son âme sensible et ardente se répercutent tous les

.malheurs de son temps et germe l’intime désir d'en conjurer l’accroissement. D'une part, il pressent des lois naturelles implacables ; il les découvre peu à peu ; il les énonce presque. D’autre part, il voit des efforts humains passionnés pour enrayer le mal, des tentatives individuelles incertaines ou maladroites. Et il prend conscience de deux états de choses très distincts : une prospérité économique qui se fait d’elle-même et une prospérité sociale qu’il faut faire. A-t-il cru que ces deux états étaient antinomiques, qu'on ne pouvait les satisfaire tous deux, et qu'il fallait, pour un moindre mal, distinguer deux domaines, le premier dans lequel le bien économique serait poursuivi au détriment du bien social :

ce serait la sotirce de son libéralisme économique ; le second,

dans lequel le bien social serait poursuivi au détriment du bien économique : ce serait la source de son autoritarisme social ? Et s’il a cru, a-t-il eu tort de le croire ?

(1) Ibid.

Eee.

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