‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 82 sur 99 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

aux causées justificatives ; car il y en a d’autres qui nous y poussent par un motif d'intérêt, et qui diffèrent de celles qui nous y portent par un principe de justice !. » Et son ouvrage tout entier pourrait presque porter pour titre : Distinction des causes légitimes et des causes illégitimes des guerres ?. Il semblerait donc que la guerre soit normale à ses yeux, comme la paix l’est ellemême : chacune dans son domaine propre, dans ses limites rationnelles. Et c’est bien, en effet, sa conviction la plus générale, dont l’ensemble de son livre fait foi.

Mais voici cependant, qu’à de certains instants, cet état d’égalité entre la guerre et la paix est rompu en faveur de la paix. Seule cette dernière serait normale et désirable ; la guerre est un mal, nécessaire peut-être, mais qu’il faut redouter et combattre. « .. Dans toute la direction de la guerre, l'esprit ne peut être tenu en repos. à moins qu'il n'ait toujours la paix en vue *. » Et cette surbordination de la guerre à la paix, Grotius l’affirme à plusieurs reprises, par la formule même qu'avait employée Crucé, en opposition sur ce point avec Bodin # : « .… Comme la guerre est entreprise en vue de la paix *.. — La guerre ellemême nous conduira à la paix comme à sa dernière fin, ÉtE, Msn

Cependant, ces affirmations générales et abstraites n'impliquent pas une conviction très arrêtée. Grotius consacre l’ensemble de son livre à une réglementation rationnelle de la guerre, partant à une justification au moins partielle de celle-ci, et ce ne sont point quelques phrases, parties celles-là plutôt du cœur que de la raison, qui peuvent faire échec à sa démonstration.

Mais, voici que tout un passage de son œuvre — le chapitre

) Le droit de la guerre el de la paix, t. 1, p. 343-344. } Le droit de la guerre el de la paix, t. IT, p. 501-502. } Le droit de la guerre et de la paiæ, t. LI, p. 469. ) V. supra, p. 61.

) Le droit de la guerre el de la paix, t. FI, p. 6o. (6) Zbid., t. 1, p. Gr.

xx du livre II— constitue une véritable doctrine pacifiste, positive et détaillée, qui ne laisse pas que de surprendre par la nouveauté des vues qu’elle révèle. C’est là, peut-on croire, que se sont concentrés et déposés les souvenirs restés vivants de la lecture du Nouveau Cynée. Pendant une vingtaine de pages la conviction se modifie, la manière elle-même change, et presque le style: nous retrouvons Crucé tout entier. Et d’abord, cette affirmation soudaine : « ..… [a guerre est de la plus haute importance, comme étant la source d'où découlent ordinairement des maux nombreux, même pour des innocents. Aussi, quand les opinions sont partagées, faut-il pencher vers la paix! » Bientôt, cette affirmation générale elle-même aboutit à un vœu beaucoup plus défini : « Or, il y a trois moyens par lesquels on peut éviter que les différends n’éclatent en guerre?. » Si le troisième de ces moyens est « la voie du sort ? », qui ne fait que substituer le hasard à la force, les deux premiers sont « s’aboucher # » et « le compromis Ÿ » ; ils forment un ensemble qui, cette fois, substitue la justice à la force.

Grotius ajoute — et il faut citer textuellement les courtes phrases qui résument le principe de son exposé — : « Les rois et les États chrétiens sont tenus surtout d’entrer dans cette voie pour éviter emploi des armes. Car, si pour éviter d’être jugés par des juges étrangers à la vraie religion, certains arbitres ont été constitués et par les juifs et par les chrétiens..…., combien plus on doit le faire pour éviter un mal beaucoup plus considérable, c’est-à-dire la guerre ?.. Et, tant pour cette cause que pour d’autres, il serait utile, il serait même en quelque façon nécessaire qu'il y ait certaines assemblées des puissances chrétiennes, où les différends des unes seraient terminés par celles qui n’auraient pas

(1) Le droit de la guerre el de la paix, t. I, p. 551-552. (2) Le droil de la guerre el de la paix, t. II, p. 552. (B)#/61d TUE p 562!

(A) EMI AD 562

(5) Lbid., t. H, p.555.

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