CHAPITRE II
d'intérêt dans l’affaire, et où même on prendrait des mesures pour forcer les parties à recevoir la paix à des conditions équitables 1, »
Comment ne pas trouver dans cette phrase si pleine tout un résumé d’un plan plus général ? Comment supposer qu’incidemment, et sans une direction étrangère, Grotius imagine soudain le principe de l’arbitrage, son fonctionnement, sa sanction ? La richesse concise du passage rapporté, son caractère exceptionnel au sein-du ton général de l’œuvre, sont des indications nettes. Mais, si c’est bien l’influence de Crucé que Grotius accuse ici, il faut reconnaitre qu'il ne l’a point subie passivement.
Par exemple, Grotius, plus modéré que Crucé et partisan des espoirs moins aventureux que l’opinion commune ébauche ?, ne compose sa cour d'arbitrage que des puissances chrétiennes. Crucé, lui, voulait à son assemblée un caractère d’universalité beaucoup plus formel *, et c’est un des traits particulièrement originaux de sa doctrine. |
Mais, par ailleurs, la procédure à suivre est exactement la même : les nations intéressées exposeront leurs différends et ce sont les nations, non intéressées dans laffaire, qui les jugcront *. :
Et de même la sanction, problème toujours difficile au sein
du grand problème de l'arbitrage, est prévue : il faut arriver à ce
que la solution de la justice sache s'imposer comme le fait la force. Mais Grotius affirme seulement qu'il faut prendre des mesures en ce sens ; Crucé indiquait quelles doivent être ces mesures : l'exclusion de cette « grande société des nations », pour reprendre le mot dont se sert Grotius ÿ, et, si elle ne
(1) Le droit de la guerre el de la paix, t. I, p. 557-562. (2) V. sapra, p. 30 et suiv.”
(3) V. supra, p. 101 et suiv.
(4) V. supra, p. 104.
(5) Le droil de la guerre el de la paix, t. LT, p. 468,
suffit pas, l’intervenlion- armée, qui ne peut être radicalement
évitée !.
I. — Grotius, parti d’une idée voisine, s’est soudain trouvé orienté vers l’idée du pacifisme. Il est un autre personnage que les souvenirs de sa jeunesse et les méditations des dernières années de sa vie dirigeaient insensiblement vers ce même rêve : c'est Sully.
Retiré dans ses terres au lendemain de sa disgrâce, Sully que la gloire littéraire avait toujours tenté, et que la monotonie des champs, brusquement éprouvée, lui conseille de poursuivre, s'occupe dès 1611 à rédiger ses mémoires. Une première édition manuscrite des (Œconomies royales ? paraît très certainement avant 16173; elle est très rapidement suivie d’une seconde #. Sully y prête à Henri IV des vues très risquées et souvent même tout à fait invraisemblables 5. Mais aucune de ces deux éditions ne contient l'attribution, plus paradoxale encore, du projet prêté au roi d’avoir rêvé l'établissement d'une paix perpétuelle.
« Le grand dessein » se trouve, au contraire, exposé tout au long dans l'édition imprimée des Œconomies royales, qui date-de
Que la légende du plan royal se soit ou non répandue 6, que Sully ait été d’une mauvaise foi plus ou moins décidée, il paraît aujourd’hui établi que les détails de l’organisation d’un monde pacifié ont été édifiés par lui, et qu’ils l'ont été entre la publication de son œuvre manuscrite et la publication de son œuvre imprimée, c’est-à-dire entre 1619 environ et 1638 7.
(1) V. supra, p. 105.
(2) V. Pfister, Rev. historique, 1894, n° 108, p. 300. (3) Pfster, Jbid., n° 108, p. 314.
(4) Pfister, /bid., n° 112, p. 306.
(5) Pfister, Zbid., n°r11, p. 48.
(6) V. supra, p. 31-32.
(7) Pfister, Jbid., n° «12, p. 330.
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