‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 84 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelle raison peut expliquer cette subite et minutieuse amplification donnée aux desseins prétendus du roi défunt ? Tout porte à croire que ce doit être la lecture du Nouveau Cynée qui: paraît en 1623. Sully, engagé qu'il était dans la voie de la plus grande glorification, fût-ce au prix du mensonge, du roi qu'il avait servi et aimé, rencontrant ce plan grandiose et bon d’une paix perpétuelle, n’hésite pas à en faire un chaton de la couronne qu il sertit avec plus d'amour que de conscience. M. Pfister, qui a minutieusement étudié l’origine des idées imprévues qui se pressent dans les Œonomies royales, déclare : « Cette dernière conception. ne nous semble pas originale. Sully l’a prise, ce nous semble, dans un livre fort curieux de cette époque, Le Cinée d'Estat, écrit par un auteur qui ne mérite pas d’être oublié : Em. Lacroix!. »

Sully relie, d’ailleurs, avec assez d'adresse ce nouveau projet de paix à un ancien et plus vraisemblable projet de guerre d'Henri IV. Le roi voulait l’abaissement des maisons d’Espagne et d'Autriche ?; Sully ajoute désormais que c’est là la première partie d’un plan beaucoup plus considérable : le roi veut cette dernière guerre pour rétablir l'équilibre des nations; après quoi, la paix étant fondée sur des assises solides, sera facilement assurée à perpétuité.

La réorganisation de l’Europe aurait consisté dans l’édification de quinze souverainetés : six monarchies héréditaires — la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Suède et la Lombardie — ; cinq gouvernements électifs — la la Papauté, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie et la Bohème — ; enfin, quatre républiques : Venise, la Suisse, l'Italie et la Belgique.

L'équilibre politique réalisé entre ces divers états était fortifié par un équilibre religieux, puisque, au dire de Sully, cinq

(1) Pfister, /bid., no 112, p. 330.

(2) V. supra, p. 32.

d’entre eux sont catholiques, cinq sont luthériens et cinq sont calvinistes !.

Cette confédération a à sa tête un « conseil général ? », qui en dirige la politique. Or, cette politique a un but immédiat, qui est encore guerrier : l’expulsion des Turcs d'Europe ; puis, un but lointain, qui est la paix générale entre les peuples chrétiens, au lendemain de cette victoire nécessaire. Le « conseil général » deviendra alors cour d'arbitrage et il aura des attributions multiples. Il évitera les révolutions en tranchant les différends qui naîtront entre un souverain et ses sujets ; il évitera les guerres, en tranchant les différends qui diviseront les souverains entre eux,

Si Sully a puisé dans le Nouveau Cynée l'idée et les grandes lignes d’une organisation pacifique, on voit que, plus encore que Grotius, il a déformé et amoindri le plan si cohérent de Crucé.

Comme Grotius, et en opposition sur ce point avec Crucé, Sully limite sa « république » au monde chrétien. Il exclut mème la Russie, parce qu’elle s’étend en Asie et qu’elle contient des populations « sauvages! ». Et surtout, tandis que Crucé veut réaliser immédiatement la paix, Sully en ajourne l'établissement après une double série de guerres: d’abord contre l’Empire catholique qui est trop puissant, ensuite contre l’Empire musulman qui est encombrant en Europe.

Mème si cette sanglante préface de l’ère pacifique lui semblait s'imposer, n'en allongeait-il pas bien délibérément l’étendue ?

Enfin, les détails d'organisation sont peu sûrs, parfois même contradictoires. C’est ainsi que le « conseil général » nous est

Gi} Economies royales, Edition Michaud, II, 349, — Pfister, 1bid., n°112, . p. 316.

(2) Econom. royales, Edit. Michaud, {1, 350-b-. — Pfister, Jbid., n° 112, p. 316.

(3) Pfister, /bid., no 112, p. 316-317.

(4) Pfister, Zbid., n° 112, p. 331.

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