CHAPITRE I
à Utrecht. La sentence devra être rendue à une majorité des 3/4 des: votants ; ceci nous rappelle le projet de Guillaume Perm. Chacune des dix-neuf puissances à une voix; les puissances secondaires se grouperont et auront une voix collective. Ceci annonce la méthode qui sera celle du congrès de Vienne dans son institution de la sainte Alliance.
La sanction des jugements rendus serait fournie par. l'intervention armée de toutes les puissances de la ligue, qui auraient précédemment procédé à une réduction des armements.
On prévoyait encore la procédure à suivre pour modifier éventuellement les statuts de la grande alliance et la contribution par chaque puissance aux dépenses communes.
IH. — Le projet de l'abbé de Saint-Pierre marque, dans lopinion, le point culminant qu'ait atteint le mouvement pacifiste. Il prétend lui-même résumer la grande tentative antérieure d'Henri IV ; il domineles vœux qui, avec moins d’étendue, vont se faire jour à l'avenir. Et s’il est vrai que l'influence de Crucé est incluse dans l'œuvre de l'abbé de Saint-Pierre, elle vivra encore, un peu plus lointaine seulement, dans celles de ses successeurs.
Le comte de Saint-Pierre, neveu et héritier de l'abbé, recueille ses manuscrits, qu'il transmet lui-même à Jean-Jacques Rousseau, en le priant d'en publier ce qu’il jugera convenable. Et, en 1760, paraît l'Extrait du projet de paix perpétuelle de M. l'abbé de Saint-Pierre. En dépit des vues nouvelles qu’il y introduisait, Rousseau se refusa à l’emploi d’un titre plus personnel, voulant, disait-il, que l'honneur de l’idée reste attachée à la mémoire de cêt &« homme respectable ? ».
Ce qu'il convient de remarquer dans cet exposé, ce sont les
(x) V. Wheaton, Histoire des progrès du droit des gens, 4° édit., F. A. Brockhaus, Leipzig, 1865, t. I, p..317-327.
(2) Wheaton, 1bid.,t. 1, p. 327, note 1.
idées générales qui le dominent. Elles n'étaient pas, au surplus, entièrement étrangères à Crucé. Rousseau distingue, comme l’a fait Crucé, l’organisation intérieure et l’organisation extérieure : à ses yeux, la première est assez avancée, tandis que la seconde est à peine ébauchée. C'est l'esprit guerrier qui s'oppose à cette transformation : il faut le détruire et amorcer une organisation internationale, vraiment digne de ce nom. Or, l'idée de la « monarchie universelle! », c’est-à-dire d’un ordre mondial, ou tout au moins européen, fondé sur la toute puissance d’un monarque particulier, doit être écartée. Elle appartient encore à la force: elle est illégitime. C’est pourquoi, l'empire germanique tel qu’il est sorti du traité de Westphalie, s’il réalise une certaine stabilité, ne doit pas être pris pour modèle, car il n'établit pas le grand équilibre auquel il faut viser ; il est encore une prépondérance. La vérité est celle que Saint-Pierre a énoncée: établissement d’une confédération internationale, basée sur l'arbitrage.
Crucé n’a pas justifié pareillement sa proposition; mais sa conviction était bien telle. ;
III. — La paix perpétuelle trouve peu d’adeptes en France pendant la période révolutionnaire. Il lui fut plus facile, sinon plus logique, d’engendrer une nouvelle période de guerres. En Allemagne, un homme semble avoir, à cette époque, songé à la paix des peuples, c’est Viant?. Mais, c’est surtout d'Angleterre, cette fois, que repart l'appel à la pacification. Un essai de Bentham sur le droit international, datant de 1789 environ #, contient, dans sa quatrième partie, un projet de paix perpétuelle.
L’argumentation de Bentham ressemble, par sa progression et
(:) V. supra, section 1.
(2) V. De Beaufort, Rev. d'hist. diplomatique, 1902, p. 365-367. En France, on ne pourrait guère citer que Volney et Anacharsis Cloots.
(3) V. Works of Jeremy Bentham, now first collected under the Superintendance of his Execulor John Bowring, London, 1839, VIIT part. p, 537-554.
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