‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 96 sur 99 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

la guerre a gardé tous ses droits !; l’art. 22 nouveau du pacte organise la tutelle des peuples civilisés sur ceux qui sont encore incapables de se diriger eux-mêmes ?.

Enfin, l’art. 25 nouveau reconnaît formellement les organisations de la Croix-Rouge, qui, ajoute-t-il, « ont pour objet l’amélioration de la santé, la défense préventive contre la maladie et l'adoucissement de la souffrance du monde ».

IV. — Si l'espoir d’une paix durable, fondée sur le principe de larbitrage est une utopie, Crucé, du moins, n’a pas été plus utopiste que ceux qui, après trois siècles de recherches, estiment que ce but n’est pas chimérique et que ce moyen est le plus parfait pour y atteindre. -

Si cet espoir n'est pas utopique — mais il est trop tôt encore pour l’affirmer —, Crucé est le premier qui l’aura soutenu et le premier à avoir édifié une organisation qui n’a guère été perfectionnée depuis ?.

Il a, en eflet, par sa raison et sa modération, compris et solutionné les deux grands problèmes : le principe de l’arbitrage et sa sanction.

Il a fixé son principe d’arbitrage en un état d'équilibre entre le nationalisme, qui veut garder son indépendance, et l’internationalisme, qui veut contrôler cette indépendance, afin d’en éviter les violences. Il ne demande pas aux souverains une abdicatios si grande de leur autonomie qu’ils ne puissent l’accepter sans déshonneur ; il leur demande une volonté de conciliation telle qu'ils ne peuvent la refuser sans injustice.

Quant à la sanction de l'arbitrage, il a eu la sagesse de la fixer à un double degré : voie de la douceur d’abord et, éventuellement, voie de la force. Crucé a découvert ce qui est aujourd hui encore la solution rationnelle et pratique. La guerre, qui n'est.

(1) V. supra, p. 100.

(2) V. aussi, art. 23 nouveau.

(3) V. Balch, Eméric Crucé, op. cit, p. 63.

qu’un des aspects de la force, restera toujours entre les nations, comme la violence entre les hommes, le dernier argument : c’est là, peut-on dire, une loi physique aussi indestructible que la mentalité humaine qu’elle traduit. Mais ce à quoi il faut parvenir, c'est précisément à ce que la guerre ne soit que le dernier argument, et non pas le premier. Il faut l’éloigner sans cesse, en intercalant, pour ainsi dire, entre la source de conflit et sa suprême solution par les armes, des tentatives de plus en plus nombreuses ou de plus en plus fortes de solutions pacifiques : l'arbitrage est le grand moyen qui doit se glisser, ingénieux et puissant, entre le différend qui vient de naître et la guerre qu'il va déchaîner. Plus il y aura de temps et d'obstacles entre ces deux extrèmes — exclusion économique, appel à l'opinion, délai avant d'entrer en campagne ! — plus la guerre deviendra improbable.

Sans doute, y a-t-il dans ces solutions une part d’idéalisme ; mais on oublie trop qu'il y a aussi en elles une part de réalisme :

tout est dans la mesure ; il faut éviter également les rêves abso-

lus et les renonciations définitives. Cependant, les uns continueront à croire avec Leibniz, que les mots « Pax perpetua » ne sont vrais qu'’inscrits sur les nécropoles ? ; et les autres auront foi dans le mot de Napoléon : « Il n’y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l’esprit.. A la longue le sabre est toujours battu par l’esprit *». Or, ne faut-il pas admettre que celui-là était le meilleur juge, qui fut, tour à tour, le sabre et l'esprit ?

(1) Cf. art, 12 nouveau du pacte de société des nations.

(2) V. Nys, Eludes de droit internat. et de droit politique, op. cil., p. 305.

(3) V. Pradier-Fodéré, Le droil dela guerre et de la paix par Grotius, t. I, P:472,en.0r.

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