LES « RÉCITS ÉPIQUES
Et, suave et charmant comme un œil qui regarde, Son frais calice bleu fleurissait sur la garde.
« C'en est assez! Partons! » s'écrie Procope. Il s'éloigna... La fleur avait sauvé la Sainte.
Les Récits épiques présentent une grande variété de sujets. Le champ de la Légende et de l'Histoire est très vaste; mais toutes les pièces ne présentent pas ce caractère historique ou légendaire... La mer bientôt, — la mer éteréternelle, — nous fait entendre sa grande plainte ; et le Naufragé, avec toutes ses angoisses, nous émeut d'une pitié proche, car, contemporain presque, il nous ramène vers les grèves bretonnes, où
Devant le cabaret qui domine la rade.
Maître Jean Goèllo, le rude camarade,
raconte l'aventure la plus tragique de sa vie de marin
Aux pilotins du port attablés avec lui... et ce livre, tout d'érudition et de poésie pure,
se termine par un long poème intime et douloureux, la Veillée, qui, empreint de charité chrétienne, n'en affirme pas moins, dans son cri de douleur patriotique, notre haine légitime de Français et notre désir impérissable de revanche.
Le Poète dramatique
Le Poète dramatique
François Coppée, en Parisien, a passionnément aimé le spectacle autrefois. « Vieux gamin de Paris que je suis, dit-il, j'ai fait la queue dès quatre heures de l'après-midi, avec du pain et du saucisson dans ma poche, et j'ai occupé ma place au poulailler, bien avant qu'on accordât les violons. » Par une tendance naturelle à son esprit, il était appelé à écrire pour le théâtre. Les qualités de l'auteur dramatique étaient latentes chez le rimeur de sonnets et d'élégies, nous l'avons vu, et elles commen-
q8 un poète français
çaient à se manifester réellement chez le conteur en vers. La Grève des Forgerons est un monologue dramatique, dont Mounet-Sully, après Beauvallet, a fait vraiment « un drame de pitié, de terreur, de tendresse ». Une spontanéité à mettre ses récits en action, à y produire une impression comparable à l'effet scénique, son goût très accentué du pittoresque, devaient amener Coppée à s'extérioriser plus encore, à donner à ses rêves et à ses pensées la marque apparente de la vie, à les rendre visibles pour la foule des spectateurs, dans l'évocation, ici simplement gracieuse, là tout à fait émouvante, d'un drame de passion ou d'une comédie de sentiment.
Le causeur lui-même, au cours de ses anecdotes expressives, mime très heureusement le geste ou la voix. Il a écrit de Théodore de Banville ces lignes, qui peuvent aussi bien lui être appliquées : « Avec quelques mots, un jeu de physionomie, un éclair dans le regard, un bout de pantomime, il traçait un portrait, racontait toute une comédie, tout un drame. »
LE POKTE DRAMATIQUE QÇ)
Combien de fois avons-nous vu Coppée, servi en cela par sa ressemblance, si souvent constatée, prendre une attitude familière au Premier Consul, rappeler un mot de l'Empereur en lui restituant son accent.
Puis Coppée a joué la comédie : — oh! très peu, un soir, dans sa jeunesse, — mais il l'a jouée. Ce fut chez la marquise de Ricard : « Même, chez Mme de Ricard, a écrit Catulle Mendès dans la Légende du Parnasse contemporain,, il nous arriva déjouer la comédie : que dis-je?la comédie; le drame! Et quel drame! Marion Delorme. Mon Dieu, oui, un jour, devant le public de soie et de dentelles tout éclatant de diamants au corsage et de perles dans les chevelures, public parmi lequel se trouvaient Gustave Flaubert, Edmond et Jules de Goncourt, et une jeune fille, poète elle aussi, presque une Parnassienne, qui ne devait pas tarder à devenir Mme Alphonse Daudet, — devant ce public charmant et redoutable, nous osâmes représenter l'œuvre grandiose de Victor Hugo, dans des décors presque aussi petits que ceux
d'un théâtre de poupées. François Coppée jouait le rôle de Didier, et Saverny, c'était moi... »
Son penchant comme ses aptitudes devaient donc favoriser François Coppée à la scène, où, poète dramatique, il allait prendre tout de suite une place enviée. Ce qu'il rêva, ce fut, courageux et désintéressé, de faire triompher encore la poésie au théâtre, où l'opérette imbécile jouissait de la faveur du public; — ce fut, après l'adorable poète du Chandelier et des Caprices de Marianne, et le prodigieux et puissant génie qui a évoqué l'Espagne de Charles- Quint et nous a restitué l'Allemagne des Burgraves, de rendre à la foule, naïve, et qu'on peut charmer encore, et qu'on peut émouvoir, le goût de la Beauté. On doit dire qu'il en a été pleinement récompensé, — et que, dès son début, il connut cette ivresse délicieuse, qu'il a exprimée en une saisissante image : « l'épanouissement de tout l'être comme sous une pluie de joie, alors qu'éclate, là-bas, dans la salle, avec le bruit de la grêle, l'orage des applaudissements. »