‹ Un poète françaisChapitre 9 sur 22 · LES (( RÉCITS ÉPIQUES )) QI · texte numérisé non relu

LES (( RÉCITS ÉPIQUES )) QI

Un modèle d'ardente et douce charité.

Au ciel noir de ce temps on voyait cette étoile. . . Au loin se répandait l'odeur de ses vertus, Ainsi qu'un vent du sud tout parfumé de roses. Ses deux mains pour donner étaient toujours décloses ; Et quand elle passait, grande sous le froc blanc, Ses beaux regards baissés, le chapelet au flanc, Sa personne unissait dans un divin mélange, La grâce de la femme et la force de l'ange.

Son seul attachement, sur terre, était pour les fleurs,

Et les fleurs lui rendaient son amour en parfums. .

Or, un jour, on apprend dans le moutier, — avec quel effroi ! — que Procope le Tondu, huguenot cruel et sectaire, qui a relevé l'étendard de Jean Huss, accourt, brûlant les couvents, massacrant les religieux... Mais l'abbesse, sans s'émouvoir, fait ouvrir toutes grandes les portes, fait baisser le pont-levis :

Puis elle conduisit ses sœurs et ses novices Dans le chœur, éclairé comme pour les offices, Et leur fit réciter les prières des morts.

Procope arrive. D'abord, il croit les « oiseaux en fuite » ; mais, s'avançant jusqu'au fossé, il assiste au spectacle des cierges flambants et des nonnes chantant, calmes, le Pie Jesu. Estimant la bravoure, il hésite à massacrer ces filles héroïques. Et, plantant son épée en terre, il dit à l'un de ses lieutenants :

«... Si mon estoc prend racine et fleurit, Cette nuit, c'est qu'alors Dieu veut que ces chrétiennes Chantent paisiblement désormais leurs antiennes ; Et, dès l'aube, aussi vrai que Jean Huss fut martyr, Sans leur faire aucun mal, je m'engage à partir. »

Puis, il se retire sous sa tente, et la nuit vient. Les chants montaient toujours vers les ogives de la chapelle... Au matin, lorsque Procope, couvert de son armure,

Revint au pont-levis pour revoir son estoc,

il constata avec étonnement que

Un liseron, autour de la lame immobile, Avait fait tournoyer sa spirale débile.

La moindre de ces fleurs que l'abbesse aimait tant Tenait captif le glaive au reflet éclatant,

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