LE POÈTE DRAMATIQUE IO
Conçus dans la grande tradition française de Corneille et de Victor Hugo, hûtons-nous de dire qu'ils sont plutôt des tragédies que des drames. On n'y trouve pas cet extrême dans l'horreur ou dans le comique, ce côté picaresque, ces reliefs puissants du drame romantique proprement dit, de Marion Delorme ou de Ruy Dlas; mettons, toutefois, à part les Jacobites, où deux personnages ont la grandeur surnaturelle des créations de la tragédie antique, et font songer aussi aux figures magnifiées par Hugo de ses Burgraves : c'est le vieil Angus et sa petite-fille Marie.
Les contours du drame de François Coppée, d'ordinaire, sont nets et sévères ; l'exposition est toujours donnée dès la première scène, complète, avec infiniment de clarté; et l'action rapide et une, va vers son dénouement, ne s'arrêtant, et jamais sans raison finale, que s'il y a une jolie rose au buisson de la route.
A vrai dire, trois drames se détachent en beauté, en vigueur et en importance, dans l'œuvre tragique de Coppée : Severo Tovelli,
son chef-d'œuvre, les Jacobites et Pour la Couronne.
La façon dont le poète conçoit une pièce est ici, intéressante à connaître. C'est une idée initiale qui se présente à son esprit, et pour laquelle, après qu'elle s'est précisée, il cherche un cadre. Pour Severo, par exemple, il s'est dit : « Un homme va tuer un tyran, — et il apprend, au moment de commettre ce meurtre, que le tyran est son père. Qu'arrive-t-ilP » Il s'agissait pour Coppée de placer son action à une époque de l'histoire universelle. L'Italie, de la Renaissance par sa couleur, sa somptuosité, ses violents contrastes, un certain reflet sentimental, a encore attiré le poète. Ce sont les arts tout florissants en cette fin du xve siècle, où la péninsule est ensanglantée, d'incessantes querelles, fiévreuse et déchirée encore par la lutte des Guelfes et des Gibelins... Il s'entoura de documents ; un jour flânant sur les quais, il trouva Y Histoire des Républiques italiennes, de Sismondi, la lut avec avidité. Et il inventa le sujet de Severo Torelli. . . On sait la complète