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LE POÈTE DRAMATIQUE I

Si le Cid, comme beaucoup l'affirment, est un drame romantique, et Corneille un précurseur des hommes de i83o, Coppée est de la lignée. Quoi qu'il en soit, ses personnages ont l'envergure cornélienne, et la Dona Pia de Severo Torelli, âme romaine, ressemble trait pour trait à une héroïne du théâtre classique.

Coppée, dans tout son théâtre, a fait ressortir avec une complaisance heureuse, les vertus exquises de la femme. La Marie, des Jacobites, incarne superbement la jeune Ecosse emportée vers de chimériques espoirs et définitivement anéantie... Même les courtisanes de ce théâtre ont, dans l'âme, un coin de pureté et de délicatesse. Ce sont deux sœurs, Silvia, du Passant, Portia, de Severo Torelli. Toutes deux, somptueuses et belles ; l'une, qui ruine les podestats, mais qui respecte l'innocence; — l'autre, qui est la favorite du gouverneur de Pise, mais qui voudrait être aimée du tribun du peuple, parce qu'il est noble et généreux ; — la première, qui sous sa pâle robe blanche pleure de n'avoir pas une rose séchée dans son livre de chevet;

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— la seconde, qui souffre de ce que le regard de Severo ne se soit pas arrêté sur elle. . .

Figures symboliques, mais dans la composition desquelles Coppée montre encore sa parfaite connaissance de l'époque dont son drame évoque l'histoire. Peintures vraies jadis, et vraies aujourd'hui. La fleur du sentiment n'est pas tout à fait flétrie dans ces âmes. Au théâtre, Coppée affirme son respect de la femme, même déchue; et, dans sa conception poétique, elle reste la maîtresse du monde.

Coppée Prosateur

Coppée Prosateur

François Coppée débuta dans le récit en prose par Une Idylle pendant le siège. « Les amours de Gabriel Fontaine et d'Eugénie Clément », a écrit M. de Lescure, « aux péripéties simples comme ces deux innocents qui se déniaisent l'un l'autre, aux vicissitudes honnêtes, au drame tout intérieur, se déroulent au milieu de ces vagabondages a deux, si chers aux amoureux, qui permettent au poète d'encadrer dans de délicieux paysages suburbains cette idylle parisienne. » Et elle se poursuit au travers

des épisodes de la guerre et du siège, « des alternatives d'espoir et de doute, de confiance et de déception, de popularité et d'impopularité delà dictature Trochu...» Nous y voyons Paris enthousiaste accompagnant à la gare de l'Est les régiments qui partent pour la frontière, le 4 septembre au Palais-Bourbon, Henri Rochefort au balcon de F Hôtel-de-ville, la proclamation de la République, les sombres jours du siège... Coppée, en ces pages frémissantes, notait ses impressions de Parisien témoin d'une Révolution, ses angoisses patriotiques; il y crayonnait, d'après nature, des réalités burlesques ou terribles, et laissait, en mémorialiste fidèle, des documents directement recueillis sur cette époque tragique de notre histoire.

Ses Contes en prose, par où il se manifesta tout de suite narrateur ferme et séduisant, d'une grande clarté de style, d'un esprit délicat et prime-sautier, où il égrena, avec une émotion si vraie et une si légère fantaisie, ses souvenirs d'enfance et de jeunesse, ont marqué une première étape dans ce genre alerte et de facile lec-

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turc qui lui est devenu bientôt familier et qui lui a conquis tant de sympathies parmi la foule. Vingt contes nouveaux, Contes rapides, Longues et Brèves, ont tour à tour témoigné, auprès du public, de la sensibilité vive et charmante de l'auteur, de sa puissance inventive et de sa verve parisienne exquise.

La première œuvre importante de François Coppée prosateur est Henriette, longue nouvelle dont M. Anatole France a dit qu'elle était « conduite avec une élégante simplicité ». Coppée, là, ajoutait-il, a « su nous toucher en nous montrant le bouquet de violettes de la grisette sur la tombe du fils de famille ». C'est, en effet, un petit drame psychologique d'un intérêt poignant, où le problème de l'éducation des fils de la bourgeoisie rigoriste est posé très nettement, où la jalousie d'une mère est analysée dans ses nuances les plus subtiles, où il y a de l'amour et de la douleur, comme dans la vie...

L'ouvrage où François Coppée a mis, cependant, le plus de soi-même, et qui, par ses déve-

loppements aussi bien que par l'imagination dépensée, mérite l'appellation de roman, est Toute une Jeunesse. Comme nous l'avons dit, — car la courte préface a soin d'en avertir le lecteur, — ce livre n'est pas une autobiographie. Mais Amédée Violette, dont l'histoire imaginaire nous est racontée, a un « sentiment » de la vie très parent de celui de François Coppée jeune homme. Illustrée de tableaux parisiens et de croquis vivants, de portraits où nous nous plaisons à reconnaître des contemporains de l'auteur, cette histoire modeste et douloureuse d'un poète, par son cadre et par l'analyse, nous rappelle, avec les spectacles dont nous savons que Coppée fut témoin dans son enfance et dans sa jeunesse, les milieux qu'il traversa, les sensations et les sentiments qu'il dut éprouver, dont il nous fit confidence en ses vers. Amédée Violette, qui aime une jeune fille avec laquelle il a grandi, Maria, — qui est trompé par son meilleur ami, le beau Maurice, un séducteur « professionnel », — et qui, finalement, voit ses rêves d'amour, divines

COPI'KE PROSATEUR

et éphémères illusions ! tomber avec la pluie d'or des feuilles mortes, — Amédée ressemble singulièrement, par des côtés de son âme sensible, frémissante, puis désenchantée, au François Goppée élégiaque de la vingtième et de la trentième année. Pourtant, les accidents qui aiguillent sa vie sont autres que ceux qui ont influé sur la destinée du romancier ; et le drame, — est-il besoin de le répéter ! — est purement fictif.

Ce livre fait de charme et d'ironie, de grâce et d'émotion, et où l'on retrouve certaines des merveilleuses qualités de Dickens, reste, de tous les ouvrages en prose de Coppée, celui qu'il préfère, car il y fut sincère et vrai plus directement, plus intimement qu'en aucun autre, y notant les battements d'un jeune cœur comme était le sien, ivre des féeries printanières et des juvéniles enthousiasmes, partant à la conquête de l'Amour et à la conquête de la Gloire. Toute une Jeunesse est le « coin vert » de son œuvre, coin tout parfumé des fleurs de son imagination, tout illuminé des étoiles de son rêve.

La conclusion en est mélancolique :

« Ah ! comme c'est triste, les vieux souvenirs, en automne, à la chute des feuilles, quand le soleil se couche !

« Mais il s'est couché, il a plongé derrière l'horizon; et, brusquement, tout s'éteint. Sur le paysage assombri, dans le vaste ciel couleur de perle, se répand le frisson funèbre qui succède à l'adieu du jour. Les vapeurs blanches de la ville sont devenues grises ; la rivière est comme un miroir terni. Tout à l'heure, dans le dernier rayon, les feuilles mortes, en tombant, étaient pareilles à une pluie d'or. Maintenant elles semblent une neige noire.

« Où sont tes espérances et tes illusions d'autrefois, Amédée Violette? Tu songes, ce soir, à la fuite des rapides années, aux pâquerettes de cimetière qui commencent à fleurir près de tes tempes. Tu as la preuve aujourd'hui qu'il est impossible en ce monde, l'amour absolument partagé. Tu sais que le bonheur, ou ce qu'on appelle ainsi, n'existe que par à peu près, ne dure qu'une minute, et encore combien il est

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