COPPÉE PROSATEUR
médiocre, souvent, et comme le lendemain en est amer! Tu n'attends de consolation que de ton art. Accablé par le monotone ennui de vivre, tu ne demandes plus l'oubli qu'à l'ivresse de la poésie et du rêve. Hélas I ta jeunesse est finie, pauvre sentimental!
« Les feuilles tombent! Les feuilles tombent! »
Est-ce, comme l'a dit M. Anatole France, le journalisme qui enseigna au poète de métier qu'est François Coppée cette prose limpide qu'il écrit avec tant d'aisance ? On le peut supposer sans peine. Dans un de ses anciens feuilletons de la Patrie, n'écrivait-il pas que le journal lui « avait donné l'occasion, — qu'il n'avait guère eue jusque-là, — de s'exercer à la prose, d'assouplir sa plume à cette forme littéraire dont Louis Veuillot a si bien dit :
0 prose, mâle outil et bon aux fortes mains!
Et ne fait-il pas affirmer à l'homme de lettres, Louis Dublé, un personnage épisodique des
Vrais Riches, qu' « il n'y a que les pédants qui prétendent que le journalisme gâte le style » ?
En les deux nouvelles qui composent ce dernier volume, l'auteur, de sa sobre et belle langue, et fidèle aux idées de toute sa vie, a courageusement exprimé cette opinion, — courante certes, encore qu'elle semble de nos jours assez paradoxale, — que « l'argent ne fait pas le bonheur », qu'il l'assombrit bien plutôt.
En fermant les Vrais Riches, on a déjà l'impression qu'avec le temps l'âme de François Coppée s'est élargie; l'universalité a succédé peu à peu, chez lui, à l'individualité sentimentale première. Est-ce effet de l'âge, de l'expérience? Sa philosophie est, dès cette époque, facile à dégager : il fait une plus grande part qu'autrefois à l'ironie, — c'est dans la Cure de Misère, la seconde nouvelle du recueil, qu'on trouve les plus frappants exemples de cette évolution; — et la délicatesse de son cœur, affirmée toujours par ses vers, laisse de côté son « moi » pour embrasser, dans les Vrais