‹ Un poète françaisChapitre 20 sur 22 · COPPÉE PROSATEUR I · texte numérisé non relu

COPPÉE PROSATEUR I

resser à ses promenades aux environs de Paris. Prêt pour de nouvelles causeries, il lui en coûta peu de s'astreindre, dès la fondation du Journal par Fernand Xau, et sur la demande de celuici, à écrire une chronique par semaine. C'est ainsi que, pendant cinq années, il nous donna, chaque jeudi, une page de prose sur l'actualité ou inspirée par elle, — page pleine, tour à tour, de couleur, de charme poétique , de nostalgiques piétés, écrite dans un style ferme et pur, d'un esprit très averti, et dont la dominante, avec son instinctive indulgence, était un bon sens bien Français.

C'est en même temps que cette série, réunie en volumes sous ce titre : Mon franc Parler, que Coppée donna le dernier en date de ses romans, le premier peut-être quant à la portée philosophique et morale. Le romancier de Toute une Jeunesse devait élargir encore sa manière dans le Coupable, où la « doctrine humanitaire attendrie et plus mâle», dont nous parlons plus haut, s'affirme cette fois, et mérite d'être hautement signalée.

Coppée, qui sait trop les vices de « notre société, aux trois quarts composée d'hypocrites et de pharisiens », y est socialiste, — socialiste selon l'Evangile. — A travers un récit poignant, où est évoquée la vie pénitentiaire des enfants condamnés pour vagabondage, Coppée laisse éclater sa grande âme juste ; et ceci est un plaidoyer en faveur des misérables. . . Le vrai « coupable », selon lui, — dans la circonstance, — c'est le père qui abandonne son fils naturel à la misère et au vice. Et les milieux de pauvreté, de débauche et de crime, qu'il nous fait traverser, nous émeuvent par leur vérité saisissante. Mais il y a aussi de tendres âmes, en ce livre, où éclôt, au dénouement, la fleur du repentir dans l'âme paternelle, et où le fils, qui est devenu criminel par nécessité, se reprend à la vie droite lorsqu'une main secourable lui est tendue. Il y a une petite âme de pauvre fille qui côtoya la prostitution, qui est touchante ; et un pittoresque ménage d'artistes, cœurs indulgents et simples à qui vont toutes les sympathies de l'auteur.

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Le drame finit par un coup de théâtre, un peu mélo dramatique peut-être, mais où l'on retrouve avec plaisir l'ingéniosité de faire du dramaturge. Voici : le père et le fils se trouvent en présence, — le père, avocat-général, chargé de requérir contre son fils, assassin. Et le père, alors, comprend que tout le mal qu'a fait son fils n'est arrivé que par sa faute, il mesure toute l'étendue de sa responsabilité : « Tandis qu'oubliant mon acte d'égoïsme et de lâcheté, » s'écrie-t-ii en plein prétoire, «je montais vers les hauteurs sociales, environné de respect et d'honneur, ce pauvre enfant... mon enfant!... perdait sa mère, et roulait à la rue, aux prisons d'enfants, enfin aux bas-fonds de Paris, sans cesse exposé aux pires suggestions de la misère et de la faim. Qui donc a fait de lui un enfant sans famille et sans culture morale? Moi. »

La situation est hardie ; et seul pouvait la faire brutalement accepter, — encore que la conclusion en soit d'une morale inattaquable, — le talent de François Coppée.

Pour nous résumer, nous dirons que l'œuvre

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en prose de Coppée, parallèle à son œuvre en vers, comme celle-ci touchante d'abord, bientôt plus émue et moins personnelle, enfin ambitionnant d'être sociale, et le devenant, est tour à tour charmante, réfléchie et d'une beauté forte. Ces deux œuvres s'étayent, se complètent, se fondent. La physionomie même de l'homme s'en dégage, cette figure pure, noble et grave, de poète français, de penseur chrétien.

ce La Bonne Souffrance »

(( La Bonne Souffrance »

Nous touchons a une date mémorable de la vie morale de François Coppée : cette année 1897, qui marque ce qu'il a appelé son retour vers Dieu. Il est nécessaire, ici, de nous faire entendre, et, pour cela, d'entrer dans quelques détails. Le poète a été élevé dans des sentiments chrétiens, il avait l'esprit naturellement religieux, aucun blasphème ne peut être relevé dans ses écrits, et, maintenant qu'une sorte de miracle s'est opéré en lui, il se demande même s'il a jamais absolument perdu la foi. Car, vers

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l'adolescence, traversant la crise où tant de jeunes gens se découragent, où la honte de certains aveux les font renoncer aux habitudes de piété, Coppée abandonna, comme beaucoup, les pratiques de la religion catholique, et, jeté dans la vie, vécut à peu près en indifférent.

Cependant il était troublé par le mystère, et la mort sans prêtre lui apparut toujours épouvantable. Dans ses articles hebdomadaires du Journal, il inclinait, depuis quelque temps, vers les graves pensées, déplorait la foi morte dans tant d'âmes, et qu'on eût ravi au peuple le seul idéal capable d'élever son niveau moral et de lui faire accepter, avec simplicité de cœur et résignation, les monstrueuses inégalités apparentes dont il est victime en ce monde : l'idéal chrétien; quand une maladie cruelle, dont il ressentit les atteintes à deux reprises successives, le cloua sur un lit de douleur, et le mettant brusquement en face de la mort, frappant son esprit qui n'a jamais envisagé qu'avec horreur l'éventualité du néant, lui inspira, avec la crainte du jugement divin, le désir

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irrésistible de retrouver, dans une vie plus haute, les âmes de ceux qu'il avait aimes.

C'est a Pau que Coppée tomba si gravement malade, la première fois; il ne fut sauvé que grâce à la science et au dévouement de M. le docteur Duchastelet, le jeune et distingué chirurgien. En juin 1897, il subit une rechute terrible, et resta alité pendant soixante-quinze jours. Dans l'intervalle, il avait fait venir un prêtre de ses amis, M. l'abbé Bouquet, alors aumônier du Lycée Saint-Louis, aujourd'hui Mgr Bouquet, évêque de Mende, prélat d'une rare distinction d'esprit, qui est demeuré son directeur de conscience. Il s'était confessé, et il se sentait l'âme toute rassérénée.

Nous le revoyons encore, par le souvenir, au temps de sa convalescence, en ces jours d'été où nous étions admis à son chevet. Comme les paroles de joie intérieure, que lui inspirait sa réconciliation avec Dieu, s'exhalaient de ses lèvres reconnaissantes ! Comme il nous vantait, en ces heures apaisées, le trésor intime, la jeune source de vie morale, — sa

nouvelle raison d'être, — et la grâce que le ciel lui avait faite! S'il n'aspirait pas à la mort, du moins il ne la redoutait plus ; et la seule cause qui faisait qu'il tînt encore à ce monde était la peur de réduire au désespoir des êtres chers.

Ce sont les étapes de ce qu'il a appelé sa « conversion », — où nous n'avons vu, nous, qu'une confirmation de toute sa pensée écrite et de toute sa vie d'honneur et de bonté, — qu'il a racontées dans les articles de journal qui ont suivi, — car, bien que fiévreux et couché, il n'avait pas abandonné sa collaboration au Journal, — et ces pages écrites au crayon, le coude sur l'oreiller, dans la fièvre, ont été réunies en volume sous ce titre, sublime en sa simplicité : La Bonne Souffrance.

En lisant la préface de ce livre, où François Coppée fait ouvertement sa profession de foi, on estime qu'il fut naturel que le poète cherchât un refuge dans l'idée religieuse, et qu'il demandât des consolations au catholicisme seul. Chrétien, il l'était, son œuvre est là pour en témoigner; le poète des Humbles a pratiqué

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